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La Saga Jouef


Première partie, 1954-1959 - L’apparition de la fée électricité



Lorsque Georges Huard créé en 1944 la société Le Jouet Français, il produit au départ des trains mécaniques dont le célèbre Transsaharien et des jouets de bazar. En 1954 apparaît le premier train électrique qui sera à l’origine de la forte expansion de la marque au cours des années 60 et de son entrée dans le monde du modélisme ferroviaire pour en devenir le leader. Dans ce premier chapitre, je vous décris la première période des trains électriques de Jouef qui correspond à l’âge d’or de la voie dite « bakélite » à cause de la couleur brune de son ballast et qui s’étend de 1954 à 1959. A cette période, Jouef fonde les bases de sa future conquête du marché avec une échelle et un système d’avenir le H0 en deux rails courant continu. La célèbre marque Française conçoit et met sur le marché un ensemble de « trains à jouets » très complet, d’un fonctionnement parfait et à un prix démocratique. D’autres chapitres suivront pour décrire l’histoire de la marque française la plus emblématique et qui a marqué la jeunesse de la majorité des baby-boomers dont je fais partie.

Les trains Jouef de la fin des années 50 étaient conçus pour jouet à même le parquet. De mise en œuvre très simple, ils fonctionnent encore très bien de nos jours. La gamme des accessoires est dès l’origine très complète et le diorama « Ile de France » ajoute un charme considérable. Sa mise en œuvre très simple dans l’esprit d’un réseau monté par les amateurs en culotte courte, l’espace d’un jeudi après- midi. Bien entendu, tout se fait avec la permission de maman et la bénédiction de papa qui prête volontiers main forte à son garçon dans une complicité toute familiale. Quelle belle époque !

Dès la sortie de ses premiers trains électriques en 1955, Jouef met tout les atouts dans son jeu: échelle HO, système deux rails à courant continu, les prix les plus bas et l'excellent moteur saucisson, des coffrets de départ attractifs et cerise sur le gâteau, un ensemble complet d'accessoires. La marque avait compris qu'un réseau sans décor est un réseau sans âme

Nous sommes en banlieue de Paris, une gare Jouef type B accueille le sud express et ses voitures inox. Les passagers poursuivent leur chemin en voitures individuelles ou dans le bus Chausson. A l’arrière- plan, les faubourgs de la ville et le poste d’aiguillage indiquant « Paris 15 km ». Toute la poésie d’un décor Jouef de la fin des années 50 est ici reconstituée.

Le début de notre histoire, celle du Jouef électrique, commença en 1954 avec l’apparition des fameux rails à ballast plastique et profil en tôle de laiton emboutie. La motorisation des locomotives adopte le très bon moteur « saucisson » avec une alimentation en 6V continu. La transmission se fait par engrenages droits en laiton comme on les voit à droite sur le boggie moteur de la BB 9004, ce qui contribuera à l’inertie et au fonctionnement sans faille de ces premiers trains électriques. Les emballages orange de l’époque différencient le Jouef mécanique du Jouef électrique pour ne pas tromper le client. Ils préconisent déjà le nettoyage des voies avec un chiffon sec pour éviter son encrassement.

L’assortiment Jouef en 1959 était déjà complet avec un ensemble cohérent et de nombreux accessoires. Contrairement à ces concurrents de l’époque qu’étaient les trains JEP ou HOrnby à l’échelle O, le Jouef a adopté l’échelle HO, ce qui permettait avec l’adoption du plastique une fabrication plus économique. En plus la firme démarre avec une solution technique qui sera la base du modélisme ferroviaire ; les deux rails à courant continu. Dès le départ Jouef a tous les atouts dans son jeu pour gagner la bataille commerciale qui va s’engager.

La trés moderne BB 9200 entre en gare de Maintenon en tête du Sud Express avec ses voitures équipées d'aménagement intérieur, une première pour l'époque.

La transition entre le Jouef électrique à gauche et le mécanique à droite se fait en douceur et avec une cohabitation qui va durer jusqu’à la fin des années 60 pour les coffrets mécaniques. Bien entendu, la voie électrique permet la circulation des trains mécaniques. La faible tension de 6 V permet d’envisager l’alimentation par transformateur à gauche ou par boitier à pile très économique comme à droite. La notice d’instruction de branchement figure sur la tôle litographiée du socle du transformateur, un bon moyen de ne pas l’égarer. Le raccordement à la voie se fait très simplement, sans branchement de fil, en glissant une fiche de contact sous les profilés en laiton aux endroits prévus sur les voies courbes ou droites. C’était pratique pour la clientèle des enfants jouant aux trains qui ne sont pas (encore) des modélistes.

En pleine ligne sur une double voie électrifiée, croisement de deux trains vedettes Jouef de la fin des années 50, la vapeur 020T tractant des wagons de marchandises à boggies Diamond et la BB 9200 en tête d’une rame de voitures DEV type Forestier.

Redécouvrir en 2013 et avec la génération d’aujourd’hui les merveilleux trains Jouef vieux de plus d’un demi- siècle est un vrai bonheur familial.

La première machine bat des records de vitesse et de popularité

Voici la première locomotive électrique de Jouef, sortie en 1954 et d’abord immatriculée BB 9003. Cette immatriculation sera transformée pour Noël 1955 car en avril de cette même année, sa sœur jumelle, la BB 9004 va battre avec la CC 7100 le record du monde de vitesse sur rail à 331km/h. L’argument commercial est une aubaine pour Jouef qui modifiera son moule en vitesse pour changer l’immatriculation.

La locomotive électrique possède un boggie moteur à roues en laiton et un boggie porteur à roues plastiques. Elle ne possède qu’un attelage sur le boggie moteur. Les reproductions des pantographes sont fixes, mais robustes. La BB 9004 a aussi existé en version mécanique à partir de 1959, mais avec seulement deux essieux. La couleur de la carrosserie plastique peut être très variable suivant les séries et les époques, comme on le voit sur cette photo. Des versions rouge en mécanique ayant même existé dans les coffrets des années 60.

La BB9004 dans le catalogue 1956. La représentation en coupe fait apparaître le très sérieux moteur saucisson. Il n’aura qu’un inconvénient par la suite, son encombrement trop important. Noter la mention au record du monde de vitesse et le tampon de la Fée des Jouets, un magasin de jouets strasbourgeois que j’ai très bien connu dans ma jeunesse.

Construites à deux exemplaires, les BB 9003 et 9004 sont les vedettes des années 50. La BB 9003 est livrée à la SNCF en décembre 1952 alors que la BB 9004 fût livrée en mai 1954. Ce sont deux prototypes avec des équipements électriques et des moteurs différents sur chaque exemplaire. La 9004 fait la une des couvertures de la vie du Rail. A gauche, les premiers essais à l’été 1954. A droite, la BB 9004 passe en gare d’Ychoux dans les Landes lors de la marche du 29 mars 1955, jour du record de vitesses à 331km/h. Atteindre cette vitesse était un véritable exploit pour l’époque. Les BB 9003 et 9004 appartiennent à la série des BB dite Jacquemin construite par MTE (Matériel de Traction Electrique) association de Schneider-Jeumont-SW qui aura ensuite une longue descendance sous la forme des BB 9200 et BB 16000.

La BB 9004 quitte la gare de Maintenon sur mon réseau improvisé en tête d’une rame de DEV inox. Nous sommes à 15 km de Paris, comme indiqué sur le poste d’aiguillage, ce qui explique la présence en toile de fond du diorama « Ile de France ».

Le superbe coffret Sud Express

En même temps que la locomotive, le coffret Sud Express est disponible avec la première version des voitures DEV inox courte (195 mm), un transformateur et 8 rails courbes. Le couvercle du coffret est magnifiquement illustré par un dessin signée René Letourneur, le dessinateur attitré de Jouef. A elle seule, elle donne au client de 1955 l’envie d’acheter ce coffret, bien qu’il risque d’être un peu déçu en constatant le niveau réel de détaillage des matériels à l’intérieur. A noter que le coffret, lui n’a pas été corrigé, et la BB portera toujours le numéro 9003 même après le record de vitesse de 1955 alors que le carton à l’intérieur fait bien référence à l’exploit.

Les voitures grandes ligne inox DEV

Les voitures DEV en acier inoxydable apparaissent ainsi en 1955 pour la version courte sous la référence 435 avec un attelage première version à une seule extrémité. La version allongée à 216 mm réf 451 apparaît elle en 1957, équipée d’emblée du double attelage à croc et d’un aménagement intérieur.

La technique de construction des voitures en acier Inoxydable est venue d’Amérique

L’alliage d’inox est utilisé dès les années 30 en Amérique pour la construction ferroviaire. Cette techniques est mise au point par la société Budd et la licence d’emploi est vendue par la firme française Carel et Fouché. Des procédés nouveaux de soudage et d’emboutissage permettent l’utilisation de l’acier inoxydable 18-8 (18% de chrome et 8% de nickel). Les caractéristiques mécaniques supérieures de l’acier inoxydable permettaient l’utilisation de tôles de moindre épaisseur et la construction de matériels allégés par rapport à l’acier ordinaire. Il était ainsi possible de gagner trois tonnes sur une voiture voyageur. L’utilisation de tôle mince nécessitait l’utilisation de panneaux cannelés pour certaines parties afin de compenser l’absence de rigidité. En outre, l’utilisation de l’acier inoxydable permettait la suppression des peintures extérieures antirouille et donnait un aspect moderne qui n’était pas déplaisant. Cet aspect « américain » va être adopté en France par la DEV (Division d’Etude des Voitures) lorsqu’en 1950 la SNCF commande trente six unités de voitures type DEV j dite Mistral 56 car elles seront d’abord utilisées sur ce train drapeau. La série s’étendra ensuite sur d’autres types, toujours dans le même matériau étincelant et moderne.

Atmosphère moderniste américaine avec des streamliners construits en acier inoxydable. Le Burlington Denver Zéphyr de 1936 quitte Chicago de nuit à gauche et le Florida East Coast longe les cotes du sud sur la droite.

Souvent tout inox, les trains transcontinentaux Américains sont de véritables villes roulantes. A une époque où les avions commerciaux démarraient seulement leur concurrence qui deviendra mortelle, il fallait plusieurs jours pour traverser le continent d’est en ouest ou vis versa. Pour compenser la durée (40 heures entre Chicago et Los Angeles au début des années 50), il fallait un maximum de confort. A gauche, le California Zephir traverse le paysage vertigineux des montagnes rocheuses. A droite, le train « El Capitan » de la compagnie Santa Fé fait une halte à la station d’ Albuquerque.

La compagnie Santa Fe était à la pointe de la technologie des voitures en acier inoxydable. Les voitures panoramiques, (Vista dome ou dome cars) apparaissent en 1951 sur le train Super Chief entre Chicago et Los Angeles. Elles sont équipées de confortables sièges orientables. Les voitures dites « HI-Level » apparues en 1956 mettent à disposition des passagers deux étages, dont celui du haut qui est panoramique.

Les constructeurs de trains miniatures se disputent l’image moderne des voitures inox DEV j

Jouef n’est pas la seule marque à proposer les voitures DEV inox aux débuts des années 60. Au deuxième plan et de gauche à droite on retrouve le modèle de VB, de SMCF (entièrement en métal), le modèle Hornby-acHO et le modèle Märklin. Ces voitures ont une belle robe étincelante qui tranche avec le matériel en acier ordinaire uniformément vert à l’époque. A l’avant, une rame du Californian Zéphir de Märklin avec des voitures observatoire et panoramique, tractées par une locomotive diesel Alco Pas.

Jouef devient la vedette des cheminots pour Noel 1956

Le numéro spécial Noël 1956 de la Vie du Rail comporte en couverture arrière des photos de la BB 9004 réelle et de sa reproduction en HO par Jouef. Elle apparaît comme si elle naissait, engendrée par sa mère à l’échelle 1/1.

La réalité de sa gestation est tout autre et elle est expliquée en détail dans ce même numéro de la Vie du Rail. Un reportage sur la fabrication des trains Jouef détaille le montage des voies, des wagons et des locomotives. On y retrouve les vedettes de l’époque de la gamme et le fameux coffret Sud Express. Peut être que cette dame à droite emballe celui que je possède.

La gamme des voitures voyageurs longues

En 1957 apparaîssent donc sous la référence 451 des voitures DEV inox sensiblement allongées (216mm) et qui possèdent maintenant 8 fenêtres contre 6 pour la référence 435. Elles sont dotées d’un raffinement inédit pour l’époque, un aménagement intérieur. Il s’agit d’une première, car même les marques haut de gamme, comme VB ou SMCF, n’équipent pas leurs voitures de cet accessoire. A droite la première version, à toit gris et sans bande jaune de 1ière classe et en boite orange. A partir de 1960, le toit est peint en noir, une bande jaune marque la classe coté couloir, une tige métallique reproduit l’accoudoir. Elles sont maintenant livrées en boite rouge de deuxième génération (à partir de 1959).

Autre différence entre les deux générations; en bas le type de boggie à jupe avec roues indépendantes grises en deux parties de 1957 et en haut le boggie en H et les roues noires de 1960.

A partir de 1958, une DEV acier ordinaire verte réf 452 s’ajoute à la gamme. A partir de 1960 elle est dotée de bande jaune pour la 1ière classe et une version mixte 1/2ième classe référence 453 s’ajoute. Cette série est dénommée « Forestier » comme stipulé sur les toutes premières boites, du nom de son ingénieur concepteur.


Le catalogue Jouef 1959 avec les trois voitures voyageur disponibles à l’époque.

La locomotive vapeur 020 T

La 020 T apparaît en version mécanique en 1955 (à droite sur le cliché) et en version électrique en 1956 (à l’arrière plan). C’est un monument de popularité dans le monde du jouet des années 50/60. Qui n’a pas possédé l’une ou l’autre version de cette locomotive emblématique de la France des trente glorieuses. La version électrique possède au début des roues entièrement en laiton nickelé, puis un insert en plastique rouge est ajouté en 1958, donnant à cette locomotive une petite touche de locomotive à vapeur allemande issue d’une marque haut de gamme comme Märklin ou Fleischmann.


020 T illustrée dans le catalogue 1957. Le moteur type saucisson est mis en valeur par l’écorché de la carrosserie.

La 020T exerce toujours des dizaines d’années après sa création, la même fascination sur les enfants. C’était une représentation simpliste de la très populaire locomotive à vapeur, qui reste très attachante, même pour les générations qui n’ont pas connu ce type de traction.

La 020T sous toutes ses formes en gare de Maintenon.En partant du premier plan on retrouve la version à roues rouges avec insert plastique, celle plus ancienne à roues couleur métal, la version verte Western et au fond, la locomotive à propulsion mécanique équipée de roues en plastique noir.


Le même modèle vu en pleine ligne, livrant tracteurs, essence, poisson et bois au fin fond de nos campagnes.

Le parc des wagons marchandise à deux essieux


La série des wagons plats de couleur brune ou grise. Ils portent les références 634 (ou 634b avec le double attelage à crochets). Ces wagons portent le nom de ballast dans les catalogues Jouef.


La page du catalogue Jouef 1957 consacré aux wagons tombereaux et plats à deux essieux. Chaque type possède deux gravures différentes, ridelles en bois ou en métal pour le plat, deux types de portes différentes pour le tombereau.

Les tombereaux référence 632 de couleurs brune ou grise et portant des chargements de charbon, ou de minerais de différentes formes et de différentes granulométries. Les wagons à deux essieux étaient vendus dans les années 50 en boite de deux exemplaires de même Type.

Les wagons citerne références 633. Ils ont d’abord été livrés sans inscription comme à droite, ils ont ensuite porté les marquages Olazur (transport d’huile) et Azur (essence), puis Total à partir de 1959.


La page des wagons citerne et couverts du catalogue Jouef 1957.

Les couverts référence 635 de couleur grise puis verte à toit noir début des années 60. Ils sont tous équipés de portes coulissantes.

La page du catalogue Jouef 1959 présentant l’ensemble de la gamme des marchandises à deux essieux sur une même page. En 1959, c’est un assortiment de citerne Azur + Total qui est offert à la clientèle.

Sous les références 620 ou 621 sort à partir de 1955 un assortiment de chargement pour les wagons marchandise à deux essieux. Ils étaient variés et l’on trouvait du charbon, du bois, des tonneaux, des bidons de lait, du gravier, du minerai, bref tout ce qui était nécessaire à la reconstruction de la France après la guerre 39/45.

La vapeur 020 T manœuvre les wagons à deux essieux dans la cour des marchandises. On reconnaît les plats avec chargement de bidons de laits et de ballast, les couverts et une citerne aux couleurs du pétrolier Azur disparu de nos jours. La série des wagons marchandise à deux essieux est apparue en 1952 pour les trains mécaniques. Elle a poursuivi sa carrière avec les trains électriques ensuite.

Jouef veut faire comme les grands constructeurs de l'époque tel que VB, la firme Française la plus réputée qui se singularisait par l'infinie variété de ses chargements.

Les wagons à boggie diamond

La gamme des wagons marchandise emprunte son nom a un type de boggie qui équipe les wagons TP (Travaux Public d’après la guerre 14/18). Elle démarre en 1958 directement par 4 types différents ; le plat, le tombereau, le couvert et le transport de voitures. Plus tard, en 1959 apparaissent le plat à rancher, le citerne Shell et le réfrigérant STEF. Noter sur la boite du wagon plat à l’avant plan, les instructions pour supprimer un crochet à une extrémité pour rendre le nouvel attelage (1958 à 1963) compatible avec l’ancien asymétrique à crochets inversés (1955 à 1957).

Tous les wagons couverts de Jouef de la première génération sont équipés de portes coulissantes, sans doute pour augmenter les possibilités de jeu en chargeant les wagons de briques Lego ou autre objets. C’est le cas du couvert à boggies référence 653.

Sur cette page du catalogue Jouef 1959, figurent les cinq premiers modèles disponibles à cette date. La série sera ensuite complétée jusqu’en 1961 pour compter 9 types de wagons différents. Elle aura une très longue durée de vie jusque dans les années 1990 pour certains.

L’apparition de la station service Shell correspond en 1959 au début de fabrication du wagon citerne à bogies Shell référence 651, auparavant, elle était de marque anonyme. Jouef a-t-il cherché une cohérence dans sa gamme ou Georges Huard a-t-il passé des accords avec le pétrolier pour en faire sa promotion au travers de ses jouets, je ne sais pas répondre à cette question.

Jouef n’a sorti que deux versions de sa citerne à Boggie. Après le Shell suivra en 1970 une version Elf avec gravure des rivets. C’est celle-ci que j’utilisais courant les années 70 pour les transformer en constituant une rame homogène de 10 wagons de couleurs diverses. Pour cela, j’avais utilisé les nombreuses décalcomanies restantes d’un kit de citerne Fleischmann ref 1475b. Il y a ainsi des décorations Esso, Gasoline, Avia, Total, Dea, BP et Fina. Quelques versions sont visibles sur la photo.

La rame complète de 10 wagons tractée par une 141 R Jouef sur mon réseau collection. Sur le circuit supérieur, un STEF patiné.

Les premiers wagons Jouef de la série à boggies Diamond peuvent très bien après patine et détaillage, prendrent place sur un réseau réaliste. Ils font ici le meilleur effet tracté par la 040 TA Jouef sortie plus tard, en 1967.

De la même manière, le couvert STEF, moyennant une bonne patine, l’ajourage des bogies et l’équipement avec des roues à rayons Peco, peut faire bonne figure sur un réseau amateur et cohabiter avec les réfrigérants à deux essieux sortis par Jouef bien plus tard, en 1977.

Lorsqu’il apparaît en 1958, le plat est vendu non chargé. A partir de 1959, il est équipé de deux tracteurs Farmall. A noter que la version non chargée est ici sans inscription, ce qui est une anomalie. Au départ, les inscriptions sont sur des papiers imprimés et rapportés, comme pour toute la gamme Diamond. Plus tard au cours des années 60, elles seront sérigraphiées.

Idem pour le plat à ranchers, d’abord livré nu, puis chargé de grumes en véritable bois de noisetier.

Le mystérieux coffret « coupe SNCF »

Avec les deux types de wagons plats, Jouef sort un coffret inédit et hors catalogue en 1960, le « coupe SNCF » référence 669. Il comprend des chargements de voitures à roues grises sur les plats à ranchers et des tracteurs + remorques issus de la gamme Baby Agraire sur les bords bas.

Très belles illustrations des wagons de la série Diamond dans le catalogue de 1960 du magasin Parisien « Le Pélican ». A noter qu’au début, un élastique maintient les trois grumes sur le plat à ranchers. Plus tard, dans un souci de facilitation, de l’emballage, ils seront abandonnés.

Autre page du même catalogue « Le Pélican » de 1961 avec en prime la voiture « Forestier » intitulée « Super wagon ».

La célèbre gare de Maintenon de notre jeunesse


Dès 1956 Jouef démarre une gamme d’accessoires destinés à la fois aux trains électriques et mécaniques. En toute logique, c’est une gare qui ouvre le bal, accompagnée d’un système de quais pour voyageurs permettant déjà une disposition modulaire et variée. Vendue en boite de construction avec deux quais sous la référence 702 aussi appelée boite C, cette gare sera rapidement surnommée gare de Maintenon pour sa ressemblance avec l’édifice réel. A partir de 1959, la boite complémentaire référence 703, visible à gauche, permettra d’ajouter une aile ou deux pour transformer les types A, B ou C, la version la plus complète à deux ailes. Noter la mention « éclairage électrique ajoutée en jaune sur le couvercle de la boite. En fait, il faut installer une pile plate dans le socle de l’élément central et placer une ampoule de lampe de poche dans une douille prévue à cet effet (pièce visible à gauche du coffret). Un des bancs du socle central était mobile et permettait l’allumage et l’extinction de l’éclairage. Un système simple et ingénieux permettant aux petits garçons en culottes courtes de l’époque de disposer sans aucun branchement d’un bâtiment éclairé qui le fait autant rêver qu’une crèche de Noël.

Illustrée dans le catalogue 1957, la gare de type A apparue en 1956 est composé d’un unique élément central alors que la gare de type B, datant de 1957, posséde une unique aile latérale. Jouef propose ainsi des gares adaptées à tous les budgets et toutes les tailles de réseaux. Tous ces bâtiments sont vendus en boites de construction à monter par l’amateur, d’où la présence à l’angle des pages du catalogue du petit bonhomme Jouef dans le rôle de constructeur, malicieusement dessiné par René Letourneur.

Les kits de bâtiments à monter ne sont pas courants au milieu des années 50. Comme le montre cette double page du catalogue 1959, Jouef invente un ingénieux système d’assemblage. Des cornières d’angle permettent le glissement des façades (fig1), les fenêtres et portes sont emboitées en force avec les vitrages dans les encadrements (Fig 3) et certains éléments sont vissés comme les toits (Fig 2). Ce système permet d’éviter l’usage de la colle et garantit en assemblage sans taches tout en étant réversible et démontable en cas d’erreur ou de besoin.

Extrait d’un article de Loco Revue n° 190 de novembre 1959 « le réseau HO de Roville » qui dévoile les modes d’assemblage des murs. Les gares de style français disponibles à un prix abordable ne sont pas légion et donc Jouef entre dans le monde du modélisme grâce à sa station de Maintenon que l’on verra côtoyer du matériel haut de gamme comme VB, SMCF ou Märklin..

L'ensemble des différents types de gares montées. Au fond, la boite de construction réf 702 permettant le montage de la gare type C et de deux quais, le graal pour les enfants de l'époque.

Dans mon esprit d’enfant de 5 ans, il n’y avait aucun doute, la gare Jouef type C n’était pas la gare de Maintenon, mais bien la gare de ma ville natale Sarrebourg. La couleur et la disposition était la même, comme le montre cette carte postale des années 50. La gare Jouef était certes un peu simplifiée, mais dans l’esprit imaginatif d’un enfant, elle correspondait tout à fait.

Et voici comment je pose fièrement devant MA gare qui est le point névralgique de mon réseau. Nous sommes en 1965, la voie est déjà de la New Rail Jouef, l’ancienne voie bakelite que mon frère et moi possédions a été cédé aux bonnes œuvres (je me rappelle très bien avoir composé un carton pour l’offrir avec une BB 9200 que nous avions en double et des voitures inox). Les rames sont alignées pour la photo comme à la parade. Le matériel de la première époque de Jouef est bien omniprésent ; BB 9200 (version à deux moteurs que j’ai conservé), vapeur 020T, DEV forestier, plats à ranchers. Il est complété de productions plus récentes ; vapeur 231C, voitures postales et Pullman, et citerne à deux essieux. La gare de marchandises et le pont métal sont aussi de la partie, ainsi que le tunnel, noyé dans le papier crèche de la montagne. Noter le chalet Suisse qui était une boite à musique et qui a trouvé une place de choix au sommet du relief. Un peu de HOrnby-acHO a fait son apparition sous la forme du pont central et de la BB 1200 qui tracte les voitures CIWL Jouef.

La gare de Maintenon était aussi disponible en coffret luxe toute montée sous la référence 705 de 1958 à 1961. A noter sur la belle boite rouge, l’appellation « Station Jouef C » très anglo-saxonne.

Les nombreux accessoires enjolivent les réseaux de salon

Après la gare pour voyageurs, c’est une gare et un quai couvert pour les marchandises qui apparaît au catalogue 1958. Mise en scène ici, la gare de marchandises est également démontable, suivant les mêmes principes que la gare de Maintenon et livrée en boite d’assemblage.

La gare de marchandises porte la référence 720. A l’arrière plan la boite du bâtiment. Sur ce cliché, des personnages Preiser en bois taillé, un camion Schuco et des marchandises Electrotren en bois et toile issues de la même période, agrémentent la scène.

La gare de marchandise est ici intégrée dans un décor typique d'époque.

Illustrée en double page du catalogue Jouef 1960, la gare de marchandises réf 720 et le quai couvert réf 725 ainsi que les quais voyageurs réf 711 livrés à l’époque avec une série de 16 personnages. Le schéma de montage de la gare de marchandises est illustré sous forme d’éclaté pour montrer le principe d’assemblage.

A partir de 1958 apparaissent un ensemble de véhicules automobiles. Sont représentés, une Citroën DS, des Peugeot 403 et 203, des Simca Ariane et Aronde, une Dyna Panhard et un car Chausson. Les carrosseries en plastique sont de couleurs variées, bien à l’échelle et suffisamment exactes. Les jantes sont au départ rouges soulignées de pneus de couleur blanche. Ces véhicules ne possèdent pas de vitrages (ce qui sera fort dommage pour les modélistes voulant évoquer ces modèles plus tard sur leurs réseaux plus réalistes). L’assortiment de 6 voitures porte la référence 180 alors que le car porte la référence 190. En 1959 apparaîtra sous la référence 195 un très beau coffret comprenant les 6 voitures, deux cars et la station service référence 780. Ce coffret, que je ne possède pas, était comme d’habitude, magnifiquement illustré par René Letourneur. A partir de 1959 également, les voitures seront utilisées pour garnir le wagon porte automobile STVA référence 654.

L’illustration du catalogue 1959 montre en double page les véhicules. Le car était disponible en deux versions, unis (noir ou rouge foncé) et bicolore rouge et crème. Les modèles sont fidèles à ceux qui seront réellement produits.

Alors que les pages du catalogue 1958 montrent des modèles de voitures qui ne seront jamais produits comme les Renault 4 CV et Dauphine ou les Citroën Traction Avant normale et Familiale. (Quel dommage pour les amateurs de cette époque !) . Beaucoup de voitures possèdent un toit de couleur différente par rapport à la carrosserie, ce qui ne sera jamais le cas sur les modèles de série.

la filiation avec les modèles Norev au 1/43ième est ici frappante, notamment avec leurs roues rouge et blanche.

Le transport d’automobiles référence 654 sorti en 1959 utilise les voitures de la gamme d’accessoires. Associé aux DEV Forestier et à la BB 9200, il est ainsi possible de composer un train TAC (Train Auto Couchette) dès 1959.

Le porte auto est aussi trés inspiré du modèle VB, tous les deux sont inexacts car équipés de boggies alors que le modèle réel de la SNCF est à 2 essieux.

Les deux versions du car chausson avec leur boite d'origine. Ils sont inspirés du modèle de Dinky toys au 1:43ième.

La gare de Maintenon coté cour des voyageurs qui est ici animée de très nombreux véhicules Jouef.

Avec les véhicules, la station service

La station service apparaît en 1958, d’abord en blanc et rouge avec inscriptions Station service (à gauche sur le cliché), puis en 1959 en jaune et rouge ave inscription Shell (à droite sur le cliché). Cette station aura eu une existence très brève dans la gamme Jouef puisqu’elle disparaîtra dès 1962.

Illustration du catalogue 1958 représentant la première version de la station service (La blanche et rouge) portant la référence780. Le dessin n’est pas fidèle et ne comporte pas l’inscription sur le toit. Elle est vendue toute montée et était très détaillée pour l’époque avec la reproduction des pompes en plusieurs couleurs, des bidons et arrosoirs, ainsi que des parterres de fleurs empruntés à la gare de Maintenon.

Ambiance d’époque recomposée autour de la station service blanche. On Reconnaît de gauche à droite, la Peugeot 203, la Simca Aronde, la Dyna Panhard, le car Chausson et la Peugeot 403. Le diorama ile de France et des arbres et haies Hornby compose le fond de décor. Les personnages sont aussi des Jouef. Notez la présence de seaux et des arrosoirs pour nettoyer les pare-brise des voitures qui ne sont malheureusement pas reproduits par Jouef sur ses modèles. Si tel avait été le cas, les autos miniature Jouef auraient été de même niveau que la référence de l’époque, les voitures Micro-Norev au 1/ 86ième.

La livraison de carburant dans la station Shell de la petite bourgade provoque bien du désordre, à tel point qu'un policeman est obligé de faire la circulation. Les panneaux routiers, les vélos et motocyclettes sont prélevés de la gamme Lego de l'époque alors que pompiste et gendarmes sont de marque Starlux contemporain.

Les poteaux, barrière, indicateurs et personnages.

Toute une série d’accessoires apparaissent comme illustré au catalogue 1958 ici. Six modèles de panneaux indicateurs ref 682, Six modèles de signaux référence et trois modèles différents de poteaux télégraphiques. Il faut noter que dans les années 50, les lignes télégraphiques sont omniprésentes parallèlement aux voies ferrées. Le multiplexage n’existe pas (pouvoir faire passer plusieurs conversations par le même câble de téléphone) et bien entendu le numérique et l’ADSL internet sont encore des inventions lointaines ce qui fait que pour communiquer entre les villes il faut d’impressionnantes nappes de fils téléphoniques, chose que Jouef reproduit scrupuleusement, même sur un réseau Jouet.

Un beau réseau Jouef se doit d’être agrémenté à la fois de bâtiments et de petits accessoires comme les signaux, les barrières ou les poteaux télégraphiques. Les arbres sont des Hornby d’époque, tout comme les haies.

Deuxième page d’accessoires du catalogue 1958. On y trouve les supports de caténaires référence 681 et une boite référence 690 qui contient 16 personnages différents permettant de garnir les quais de gare. Au départ, ces personnages sont de teinte beige uniforme, ensuite ils seront peints et décorés. Enfin sous la référence 685 une boite de 8 barrières permet de sécuriser les alentours des gares et des passages à niveaux.

On peut trouver ces personnages soit décorés en plusieurs couleurs, soit de teinte beige uniforme, sans doute livrés avec les boites de construction des gares ou des quais.

Sur cette photo sont regroupées la majorité des boites d’accessoires de l’époque « orange » de Jouef. Les supports de caténaires référence 681 permettent sans complexité de justifier la présence des locomotives électriques BB 9004 ou BB 9200.

Sur cette photo sont regroupées la majorité des boites d’accessoires de l’époque « orange » de Jouef. Les supports de caténaires référence 681 permettent sans complexité de justifier la présence des locomotives électriques BB 9004 ou BB 9200.

Très peu de fabricants d'accessoires ont travaillé pour compléter les trains Jouef de la première époque. A ma connaissance, seul Disque Rouge le fit en présentant un signal à commande manuelle alimenté directement par la voie. Moyennant le fait de tronçonner une file de rail à deux endroits, il pouvait devenir fonctionnel et arrêter les convois. On distingue sur la boite la mention alimentation en 6 V spécifique à Jouef. Cet acessoire très simple et sans branchement annexe est bien dans l'esprit des trains Jouef de l'époque.

Les ponts métalliques multicolores et cabines sémaphoriques

Autre page du catalogue 1958 présentant le pont métallique court référence 671 apparu en 1955 et le poste d’aiguillage appelé « cabine sémaphorique ».

Cas unique pour ce poste d'aiguillage dans la genèse des accessoires Jouef, le haut de la cabine est en tôle joliment lithographiée.

La cabine sémaphorique ref 484 reprend l'apparence du générateur à pile ref 483 mais sans les éléments propres à cette fonction.

Les ponts métalliques référence 671 sont livrés entre 1955 et 1959 en trois couleurs différentes, rouge, verte et aluminium. Pour distinguer la couleur sans les sortir de l’emballage, une fente est aménagée sur le haut de la boite. C’est la même technique que celle appliquée par Dinky Toys pour distinguer la couleur de ses véhicules et qui est familière des enfants de l’époque.

Les grands ponts métalliques référence 672 qui apparaissent au catalogue 1959 sont constitués de trois ponts 671 assemblés par deux tiges métalliques qui sont sensés faire en sorte qu’il constitue un ensemble rigide. En fait, il ne l’est pas tant que cela et il est nécessaire d’ajouter des piliers. Il a été fabriqué jusqu’en 1962 à la suite de l’élément simple 671 qu’il remplace. Il est ici illustré sur le catalogue 1960.

A ma connaissance, le grand pont n’a existé qu’en couleur aluminium. Sur ce cliché, les rampes sont de marque Busch et les piliers sont des Märklin. Au fond la première version de 1959 de l’immense boite déployée du grand pont.

dans la balieue de la ville une grande gare de marchandises avec une activité intense. Au fond, le grand pont triple permet le passage au dessus du faisceau de voies.

les différents types de ponts métalliques.

Le fameux diorama « ile de France »

Ce qui fait tout le charme d’un réseau de salon construit le temps d’un jeudi ou d’un dimanche des années 50, c’est le diorama ile de France qui évoque à merveille la campagne française de cette époque.

Le Diorama est en quatre parties en carton qui s’emboitent les unes aux autres. Les deux extrémités sont obliques. Il apparaît en 1957 pour compléter la gare de Maintenon. Dès 1959, il n’est plus illustré dans les catalogues et ne figure plus qu’au tarif jusqu’en 1963. Ce dépliant de deux pages couleurs est joint aux catalogues 57 et 58 avec 4 propositions de circuits adaptés au diorama.

Le même diorama dans un catalogue du RMA qui précise qu’il sera disponible à partir de novembre 1956. L’illustration montre deux rayons de courbure de la voie ballastée, ce qui n’a jamais existé. La présence de ce diorama à la rubrique décor du célèbre détaillant Parisien de l’époque n’est pas un hasard, c’est que sans doute il a été utilisé par les modélistes comme fond de décor. En attendant les produits MZZ, il fallait utiliser ce qui était disponible.

Les éléments se déplient comme un livre en plusieurs dimensions et s’emboitent les uns dans les autres. Le diorama est fait pour établir le circuit de voie en partie interne et une sortie de tunnel est prévue à l’une des extrémités pour une voie.

Le diorama peut aussi servir de fond de décor sur un réseau permanent. Ici, une zone pavillonnaire est établie proche de la gare, non loin du centre ville historique avec son château en bord de lac visible en arrière plan.

La 020t traverse le très réaliste passage à niveau du diorama.

Le catalogue 1957 présente sous la référence 731 un mystérieux diorama Far West. Il n’a, semble-t-il et à ma connaissance jamais été produit, ou alors en très petite série. Dommage car en couleur il devait avoir beaucoup de caractère.

Tunnel et passages à niveaux

Deux autres accessoires emblématiques de Jouef apparaissent. En 1958 ce sera le fameux tunnel référence 680 qui sera rapidement surnommé « manteau de chien » par les modélistes. En 1959 c’est le passage à niveau, accessoire complémentaire aux voitures. Il est équipé de barrières mobiles commandées manuellement par une borne kilométrique.

Le tunnel et le passage à niveau en situation sur le réseau provisoire. Ce dernier était livré avec 4 demi- barrières pour sécuriser les alentours de la voie ferrée.

Le passage à niveau est un incontournable des grandes marques de l'époque comme Hornby, Jep, Märklin, Disque Rouge ou Cropsy.

Mais le passage à niveau le plus réaliste est sans doute celui de Disque Rouge, vu ici sur un réseau VB. Un modèle bien plus complexe, mais aussi bien plus cher que le Jouef.

Ces accessoires sont ici illustrés sur une page du catalogue 1959. Le tunnel aura une interminable carrière jusque dans les années 2000. Comme stipulé sur le catalogue, le passage à niveau dispose d’un dispositif de basculement breveté SGDG par Jouef.

Le système de basculement des barrières, utilisant la borne kilométrique est très rapidement compris par Clémentine, ici à l’âge de 5 ans. Les petites voitures Jouef franchissent allègrement les rails même si la continuité entre route et voie n’est pas totalement assurée avec la voie ballastée.

Le passage à niveau est ici intégré au décor. Imaginez vous en 1955, proches de Paris, sur la Nationale 7 aux environs de Fontainebleau, un week-end de printemps. Les propriétaires de la Peugeot 203 et de la Simca Aronde font une halte pour faire le plein de super avant de reprendre la route du soleil aussi appelée la route bleue.

La première voie électrique à ballast plastique

C’est par elle que la révolution électrique est apparue. La géométrie de la voie ballastée est relativement simple ; un seul rayon de courbure diamètre 650 mm, 4 types d’éléments ; droit et ½ droits et courbe + ½ courbe. Des aiguillages droite et gauche en deux versions (isolés ou non sur les voies déviées) et un indispensable croisement à 90° pour faire un circuit en « 8 ». Sur le cliché, les différents types d’emballage de l’époque orange (pour les courbes, il y en a des ouverts et des fermés) qui à partir de 1959 seront déclinés en cartons rouges (comme la boite d’aiguillage à coupures).

A noter que le ½ droit ne fait que 114 mm contre 249 mm pour l’élément 1/1 ceci pour permettre des combinaisons avec les aiguillages.

Le ballast latéral est interrompu sur un côté pour le ½ droit et sur deux cotés pour le ½ courbe. C’est pour pouvoir se connecter avec les aiguillages. Ci-dessus les deux types d’aiguillages ; sans coupures (réf 440 et 441) et avec coupure sur une file de rails (réf 442 et 443). A commande manuelle uniquement, les aiguillages ont des lames pivotantes qui passent d’une polarité à l’autre suivant les directions choisies. Elles sont commandées par un gros bouton carré rouge. Les gros butoirs rouges sont livrés avec chaque boite d’aiguillage ou de croisement. Ils s’emboitent directement à l’extrémité de n’importe quel élément de voie. Les courbes et contre-courbes permettent un écartement rapproché et réaliste des voies de 5cm.

Illustrés sur le catalogue 1958, les appareils de voie comprennent des aiguillages droits et gauches, avec ou sans coupure et le croisement à 90°, élément indispensable pour les trains jouets de l’époque.

Malgré le peu de types d’éléments de voie, des compositions de réseaux intéressants sont possibles. Ce qui manque un peu ce sont des courbes parallèles. Néanmoins, pour le jeu, la simplicité de la géométrie est indispensable et ce sera sans doute une des clés du succès, permettant ensuite d’accrocher le joueur en herbe pour l’orienter plus tard vers la voie New Rails et basculer du jeu vers le modélisme. Tout un programme pour la jeune firme Jouef.

Un soir d’hiver en famille autour du petit train Jouef. On pourrait se croire en 1959, mais nous sommes en 2007. Pour revivre et reconstituer cette scène, il faut en préalable obtenir la délicate autorisation de l’épouse pour utiliser la table de la salle à manger. Un montage et un démontage rapides sont une garantie indispensable. Ensuite, je tente de faire partager à ma famille et à la nouvelle génération le charme du petit train. Mais hélas, face à la concurrence des jeux vidéo, cela ne marche pas à tous les coups et je le regrette beaucoup.

C’est sans doute sur les réseaux présentés dans les pages du catalogue 1959 que les limites de la voie à ballast plastique sont les plus marquantes. Lorsqu’il s’agit de constituer un grand réseau, l’absence de courbes parallèles se fait cruellement sentir. Cependant, les bretelles entre voies sont possibles et les aiguillages permettent de constituer de beaux faisceaux de triage. Sur cette illustration figurent tous les accessoires disponibles à cette époque, avec notamment le diorama ile de France et la halte Western.

Le réseau de mon grand frère était constitué de la voie ballastée jouef. Il possédait des rampes complexes faites de contreplaqué et qui permettaient d'utiliser les ponts jouef. La gare de Maintenon est déjà présente et moi aussi, vers l'âge de 2 ans. Je ne devais pas être tendre avec le matériel. Notez la présence d'un trolleybus de marque Eheim qui complète le train.


La période Far West de Jouef

Les petits garçons de l’époque jouent aux indiens et aux Cow-boys tout comme le bonhomme Jouef dessiné par Letourneur dans le catalogue 1957. La marque veut développer une gamme spécifique pour ce segment de marché et propose de 1956 à 1959 des modèles dit Far-West. Il y avait même un très beau coffret mécanique et l’on voit sur le catalogue 1957 qu’un train électrique était aussi envisagé en même temps que le diorama et des sujets divers Cow-boys et indiens qui n’ont sans doute jamais existé.

Les voitures américaines aux couleurs de la compagnie Pennsylvania ont bien existé de 1957 à 1959 sous la référence 636, de même que la halte Far-west comme le montre ce cliché. Sur ce cliché, la locomotive Western est une version destinée à l'exportation vers la Hollande sous la marque HB Express. Les couleurs de carrosserie sont différentes de la version commercialisée en France.

Sur ce cliché, les deux versions de la 020T Far West mécanique et électrique ainsi que toutes les productions western HO et HOe.

Pour la traction, c’est la vapeur 020 T qui s’y colle. Pour la circonstance elle est affublée d’une cheminée pare escarbille et d’un chasse-buffle. Elle est commercialisée de 1956 à 1959 sous la référence 536 pour la version mécanique et 432 pour la luxueuse version électrique.

Les wagons voyageurs américains dans le catalogue 1957.

La halte Far-West commercialisée de 1956 à 1957 sous la référence 590 porte le nom plein de promesse de « Golden River ». Elle a existé en deux couleurs, jaune comme illustré ci-dessous ou brune. En arrière plan, on devine que des aventures se déroulent sur cette illustration du catalogue 1957. La halte était très peu profonde, sans doute pour pouvoir prendre place dans les coffrets, ce qui sera le cas pour le coffret mécanique.

J’ai tenté de la remettre en scène pour la rubrique Egger-bahn de ce même site. Elle a la bonne taille pour une halte en HOe. Ce n’était pourtant pas sa destination initiale, mais Jouef remettra le Far-West à l’ordre du jour avec cet ancien modèle Egger-Bahn en 1968.

Sur un plancher rapporté pour l’occasion, des personnages Preiser attendent avec impatience le convoi. Nous sommes bien en Amérique, mais dans un univers purement imaginaire que seul le modéliste peut se permettre de rêver et de créer.

Les modèles évoquant le Far West sont très à la mode à cette époque comme ici les produits Triang-Hornby et Pocher.

La première version de la BB 9200

En 1958 Jouef produit une nouvelle motrice électrique, la reproduction de la BB 9200. La carrosserie est plus détaillée que la BB 9004, elle est moins raccourcie et à l’avant, les enjoliveurs et les phares sont finement décorés à la peinture couleur aluminium.

LA BB 9200 est disponible en deux versions, la référence 433 possède un seul bogie moteur, alors que sur la référence 434, la mécanique est doublée. Avec deux moteurs saucisson et 4 essieux moteur, cette BB est une merveille de fonctionnement et de puissance. Elle fera date dans l’histoire de Jouef et aura de nombreuses variantes dans sa descendance.

La BB 9200 tracte ici un train de voitures Forestier qui roule vers Lyon.

la BB 9200 est au départ en gare de Maintenon en tête d'une rame inox. Au fond l'on voit poindre la Pacific vapeur 231C qui apparaitra en 1960. Mais ceci est une autre histoire que vous pouvez retrouver dans le chapitre 2 de la saga Jouef.

La BB 9200 Jouef est la reproduction d’une série de 92 machines construites par la Société des Forges et Ateliers du Creusot (SFAC) pour les besoins de l’électrification Lyon Méditerranée en courant continu 1500V. Ce type de locomotive est livré à la SNCF à partir de 1957. Compte tenu des temps nécessaires à la réalisation des outillages, Jouef colle donc de très près à l’actualité en mettant ce modèle à son catalogue dès 1958 et cette ligne de conduite caractérisera toutes les nouveautés durant les années 60/70.

Comme les voitures inox DEV, le design des BB9200 et BB16000 avec leurs cabines à glaces panoramiques et leurs enjoliveurs en aluminium moulé symbolise le modernisme face aux locomotives à vapeur vieillissantes. Au début des années 60, la concurrence entre les marques est vive pour utiliser cette image. Ici la motrice Jouef fait face à des modèles de plus haut de gamme comme de gauche à droite, la BB1600 de Hornby acHO, et les BB9200VB de Märklin.

Boîtes et attelages de l'époque 1955-1959

Ce qui caractérise les boîtes Jouef de la période 1955-1959, c'est tout d'abord le logo de la marque, toujours en losange (avec sur la fin la mention marque déposée). De 1955 à 1957, les emballages sont de couleur orange. A partir de 1958, la couleur des cartons bascule au rouge carmin, couleur que Jouef adoptera pour une longue période et qui deviendra son signe distinctif en terme d'image marketing. Il existe des couleurs singulières, comme pour la station service, ou la gare démontables qui sont vertes. Chaque type de modèle possède son emballage avec illustration. Pour les wagons de 2 à 4 types d'illustrations sont représentées, ce qui rend les boîtes polyvalentes pour plusieurs modèles. Les wagons marchandises à deus essieux et les wagons voyageurs Western sont vendus en boîtes de deux pièces. Les autres wagons et notamment ceux de la série Diamond sont vendus à l'unité en cette période (au début des années 60, ils seront vendus en boites de 2 pièces).

Le premier type d'attelage comporte un crochet inversé à une extrémité et une boucle métallique (sur les voitures voyageurs) ou en plastique à l'autre bout. C'est donc un attelage asymétrique. Le crochet est maintenu fermé vers le haut d'abord par un contrepoids en 1954, puis par des ressorts. Le crochet métallique est d'abord noir, puis de couleur aluminium. La fiabilité de ce premier type d'attelage n'était pas au rendez-vous, et en 1957 Jouef adopte un nouveau type appelé "à accrochage automatique" même si à cette époque, aucun élément de voie permettant le décrochage n'est vendu. Cette fois l'accrochage est symétrique et c'est la pesanteur qui maintient le crochet métallique verrouillé sur la boucle en plastique injecté. Si esthétiquement cet attelage est très voyant, il est d'une fiabilité à toute épreuve: parfait pour jouer !

Les transformateurs et générateurs à piles

Le super-transformateur redresseur référence 480 est commercialisé en 1955. Il est comme beaucoup d’appareils électriques de l’époque disponible en version 120 ou 220V. Dans sa première version de 1955 visible ci-dessus, Il délivre coté voie une tension 0 à 5,5 v pour 0,1 ampère. La faible consommation des moteurs électriques Jouef permet d’envisager une puissance aussi réduite. Le redressement du courant est assuré par une cellule au sélénium « sublimé », le top de l’électronique de puissance de l’époque. Sur la première version, l’inversion du sens de marche se fait sur un seul bouton central et il possède un voyant rouge de présence tension au dessus. Le mode d’emploi est lithographié sur la plaque support et lisible directement sous le transformateur, pratique pour ne pas l’égarer. Le branchement sur la voie est simple, par simple enfichage du connecteur rouge sous la voie, aucun fil à raccorder.

La deuxième version du Super transformateur apparaît en 1957 sous la référence 485. La puissance est doublée avec deux cellules au sélénium pour une alimentation sous 6v – 0,2 ampère. Cette puissance est nécessaire pour alimenter la BB 9200 à deux moteurs. Un petit bouton complémentaire permet de choisir le mode de marche suivant trois régimes, du normal au ralenti. Le voyant rouge de présence tension a disparu, il se trouve obturé sur le capot en plastique brun. Cette version sera produite jusqu‘en 1960 et le passage à l’alimentation en 12V.

Pour les trains électriques, il faut du courant. Le moyen le plus simple est le générateur à pile réf 481. Il apparaît d’abord en 1955 sans toit puis en 1956 il est équipé d’un auvent démontable en plastique et il prend la référence 483 et sera produit jusqu’en 1959. Il est équipé d’un inverseur de sens de marche et ce sera le seul bâtiment Jouef utilisant la technique de la tôle lithographiée pour la décoration de sa partie supérieure.

La marque est maintenant bien lancée

A l’orée des années 60, la marque s’est fait un nom et accède aux catalogues des grands distributeurs de trains miniature que sont Baby Train, le RMA, Le Pélican ou la Source des Inventions. L’irrésistible ascension est lancée.

Mais ce n’est pas tout, il est temps de rendre la salle à manger à son usage institutionnel. Clémentine entame le travail. Dommage, mais il faut démonter la belle voie ballastée. Vous retrouverez la suite de l’aventure Jouef dans une prochaine rubrique sur ce même site où nous basculerons vers la superbe voie New Rails laiton. A bientôt donc.