Maquettes Ferroviaires
et Collections

La période romantique s’empare du train miniature:
Egger-Bahn et le Decauville VE de Jouef.


Première partie, 1963-66 la croissance fulgurante



Nouvelle, marque, nouvelle usine, nouveau concept indiquait le journal Miniaturbahnen de mars 1963 en parlant de Egger-Bahn, le premier chemin de fer de industriel à l’échelle HO et à voie étroite. Le HOe circulait sur voie 9mm correspondant à la toute jeune échelle N créée en 1960 par Arnold avec son Rapido 200. Ce concept consistait à reproduire des installations secondaires, nécessitant très peu de place, mais en utilisant les nombreux éléments de décors disponibles pour l’échelle HO. Cette marque fera un passage éclair dans le monde du modélisme ferroviaire sur une courte période de 1963 à 1967, mais, elle marquera son histoire et depuis, la voie étroite c’est largement développée. A l’origine de l’histoire, il y a les deux frères Egger, Théodor le technicien (Dipl.Ing) et Jonathan le commercial. A eux deux, ils vont écrire l’histoire de Egger-bahn qui commence modestement en 1963 avec un tracteur diesel, des wagonnets et de la voie. Puis en 1964 des aiguillages et une charmante petite vapeur. Elle est tellement charmante qu’elle va devenir emblématique et c’est sans doute elle qui provoquera la révolution. En 1965 c’est l’avalanche de nouveautés, 4 locomotives, des wagons voyageurs, marchandises, une plaque tournante, et à la foire de Nuremberg, un réseau romantique qui marque les esprits. La marque est alors à son apogée. En 1966, Jouef se lance dans l’aventure du HOe avec son « amour de petit train », une reproduction de matériel Decauville: locomotive vapeur, bennes basculantes, baladeuses pour voyageurs, truck à bois et système de voie avec aiguillage. Ce chapitre raconte l’épopée vers la gloire d’Egger-Bahn et du Decauville de Jouef.

L’assortiment de matériel à Voie Etroite dénommé Decauville, sorti pour Noël 1966 était la réponse Française de Jouef à Egger-Bahn

En guise d’introduction pour ce nouvel épisode de l’aventure du modélisme ferroviaire, une image de la ferme vosgienne Fresse sur le réseau collection, qui dans mon monde imaginaire, se voit affublée d’une ligne à voie étroite passant directement dans sa cour, à l’image de la maison natale d’Erckmann Chatrian dans le petit hameau du Grand Soldat près d’Abreschviller. Elle illustre bien le caractère campagnard et romantique du petit train Egger-Bahn. Il est ici dans le rôle du train forestier emportant son équipe d’ouvriers allant renforcer la voie quelque part dans la forêt vosgienne. On est loin de l’impact écologique de nos lignes TGV actuelles. La nature, l’homme et le train sont en parfaite harmonie et vivent ensemble à un rythme qui ignore encore les mots vitesse, stress. Nous sommes en 1962 et qu’il devait être agréable de vivre à cette époque. Devant cette ferme qui a été la maison de campagne et de vacances de mon enfance sur les hauteurs de La Croix aux Mines, on retrouve aussi la Peugeot 404 blanche à toit ouvrant de mon père et la 2cv Citroën de mon oncle. Les poules et cochons sont par contre ajoutés pour le fun de la maquette, car la maison avait perdu définitivement son rôle de ferme, bien que nous l’ayons toujours dénommée ainsi.

Autre raison d’être des petits trains à voie étroite HOe de Egger-bahn ou de Jouef : la carrière. C’est dans ce cadre qu’il peut complémenter à merveille son grand frère le HO (dont la voie est présente à droite). Ce diorama met en scène une carrière restaurée qui était fabriquée artisanalement par la firme allemande Preiser à partir de 1954 sous ne Nr 1018. A cette époque, le petit train Egger-Bahn n’existait pas, il apparaitra 9 ans plus tard. Néanmoins, ces deux éléments se complètent à merveille pour décorer et agrémenter un réseau collection.

Souvenirs, souvenir !

A propos d’histoire, en 1967, j’avais 8 ans et déjà les trains électriques dans la peau comme le montre cette photo ou je pose fièrement avec mon frère aîné à coté de mon réseau. Le Jouef régnait en maître sur notre « plaque », comme l’on disait à l’époque, avec toutes les dernières nouveautés du moment : wagon grue de secours, rame de wagon porte remorque kangourou, CC 40100. La vieille gare de Maintenon des origines que l’on aperçoit sous le réseau est en disgrâce et vient d’être détrônée par la gare de Hauteville, d’origine Pola et commercialisée à l’époque en France par Jouef. Mais la vraie révolution on la voit pointer sous la flèche, au sommet de l’énorme montagne en papier « crèche » à coté de l’autorail Picasso rouge et crème. Il s’agit de la petite vapeur Décauville Jouef tractant deux grumiers et 4 wagonnets à bennes basculantes. Ce réseau provisoire à l’occasion de Noël avait été monté par notre père et mon frère. Le petit train à voie étroite était pour moi la surprise majeure de ce Noël 67. Bien sûr, j’avais les catalogues Egger-Bahn, et j’aurais préféré une rame HOe de cette marque, mais à juste titre sans doute, mon père a préféré les produits de fabrication Nationale.

Dans mes rêves, ma locomotive préférée c’était la N° 2 d’Egger-Bahn qui était à l’époque, une pièce d’orfèvrerie digne de la vitrine d’un bijoutier. Elle possédait un look craquant et un charme irrésistible avec son énorme cabine en comparaison de sa minuscule chaudière. Ce petit bijou, je n’ai pu me le procurer que bien des années plus tard en temps que collectionneur de cette marque.

Cependant, à défaut d’Egger-Bahn, le Decauvile Jouef était un cadeau qui me plaisait énormément car, je côtoyais à l’époque régulièrement les petits trains de chantier avec ses wagonnets. Lorsque nous allions nous baigner à l’étang Levêque à coté de Sarrebourg. Il en circulait un au début des années soixante, dans la gravière exploitée par l’entreprise du même nom. La locomotive qui passait juste derrière la plage ressemblait beaucoup à la Gmeinder d’Egger-Bahn avec ses wagonnets à bennes basculantes chargés de sable et dégoulinant d’eau car fraîchement extrait de l’étang. Et surtout, les trains à voies étroites sont gravés dans mes souvenirs d’enfance car mon père lui-même avait un petit réseau avec des wagonnets sur le site de son commerce de bois et matériaux, rue de Lunéville à Sarrebourg. La photo ci-dessus illustre le chantier familial au début des années 60. C’était pour mes copains et moi mon terrain de jeux préféré. Bien que l’interdiction paternelle fût stricte et formelle, c’est très souvent que nous allions pousser des wagons, manœuvrer les aiguillages et les petites plaques tournantes. J’ai même le souvenir du retour un soir à la maison avec un pied endolori car une roue d’un wagonnet m'était passé dessus. Heureusement qu’il n’était pas chargé. Bref la voie étroite, que ce soit à l’échelle 1 ou 1/87, était entrée très jeune dans ma vie.

Sur mon réseau collection, j’ai voulu recréer l’ambiance du chantier de mon père, terrain de jeux de mon enfance. On le retrouve partiellement au sein de la scierie de Vergetière. Y est reconstitué le wagonnet à benne basculante chargé d’évacuer les copeaux de la scierie, les petits wagons à châssis de bois gris qui servaient à transporter les panneaux et les planches. Pour moi et mes camarades, ils servaient surtout à jouer au train. Nous pouvions les faire pivoter sur les petites plaques tournantes métalliques qui agrémentaient le petit réseau du chantier de mon père comme ils agrémentent ma scierie miniature. On y retrouve également les ouvriers empilant avec art et patience les planches fraîchement livrées du port de Strasbourg (pour les essences exotiques). L’un d’entre eux m’impressionnait plus particulièrement par sa patience et ses piles de bois étaient impeccables ; il s’appelle JulesThomas. On y retrouve aussi les hangars en bois avec des grandes portes roulantes suspendues sur un monorail. A ce propos, une fois, avec un camarade, nous avions perdu le contrôle d’un wagonnet que nous n’arrivions plus à freiner. Il percuta la porte du hangar, qui s’effondra et mon père apparut derrière, dans la poussière, rouge de colère. Nous nous sommes enfuis sans demander notre reste, et j’attendis avec beaucoup d’anxiété son retour le soir qui se traduisit pour moi par une mémorable fessée. Par contre, à mon grand regret, pas de petit locotracteur sur le chantier de mon père, tout était manœuvré à la main. Plus non plus d’attelage à chevaux, placé ici pour accentuer le romantisme de la scène. Au début des années soixante, les camions avaient déjà entamé leur impitoyable conquête sur le chantier de mon père.

Ci-dessus, un décor que j’avais construit dans mon enfance, au début des années 70, avec mes moyens de l’époque. Ce petit dépôt fait de carton et de balsa peint à la gouache était construit pour accueillir la vapeur Decauville VE de Jouef, que mon père m’avait offerte pour Noël 1967. Je l’ai dépoussiérée quelque 40 années plus tard le temps d’une photo pour ce site et depuis un deuxième exemplaire de locomotive à vapeur l’a rejoint (l’exemplaire d’époque se reconnaît facilement, il à perdu son phare au cours de mes jeux d’enfance).

Retour sur la marque Egger-Bahn. Dans un décor bucolique créé pour l’occasion, voici la célèbre rame Ardent Elias dont la longue carrière s’est poursuivie chez Lima puis Jouef après la fin de la marque en 1967. L’église au fond est la référence 242 de Faller commercialisée à partir de 1953. Elle reproduit en carton et bois un bâtiment Suisse édifié sur la commune de Fextal. Elle est équipée d’une cloche fonctionnelle actionnée électriquement. Le diorama est de marque Preiser et date de 1954. Dénommé « chemin de croix » il comprend à son extrémité un calvaire très détaillé. Sur le petit pont, un couple en costume folklorique Allemand discute. Les personnages sont en bois taillés suivant la technique Preiser de l’époque. Ces éléments de décor sont les témoins d’une époque encore fortement ancrée dans les traditions et les valeurs religieuses.

Un nouveau concept qui va révolutionner le modélisme


Le concept était génial ! Utiliser pour l’échelle HO de la voie N écartement 9mm qui existait déjà sur le marché depuis 1960 depuis l’arrivée des premiers trains miniature d’Arnold Rapido à l’échelle 1/200 qui est devenu ensuite 1/160. Cet écartement fût dénommé HOe pour HO à voie étroite. Transposée au 1/ 87 ième, une voie de 9 mm d’écartement correspondait en réel à une voie étroite de 0,60m, écartement peu répandu en France, mais plus courant en Allemagne. Les éléments de voie courbe avaient un diamètre de 280 mm, et donc sur un plateau de 30cm de large vous pouviez installer un réseau fonctionnel à l’échelle HO en bénéficiant des nombreux accessoires disponibles à cette échelle (bâtiments, végétation, véhicules, personnages, etc). Ci-dessus, dans son dépliant de 1965, Egger-Bahn prend soin d’expliquer les énormes avantages du HOe en terme d’encombrement à une époque d’après guerre où les logements de la reconstruction en immeuble sont peu spacieux. A droite, comparaison entre une locomotives vapeur Fleischmann HO, Egger-Bahn HOe et Arnold Rapido N, trois modèle disponibles en 1964, époque de cette petite révolution dans le monde du modélisme ferroviaire et qui laissera durablement des traces dans son histoire.

Image de la cohabitation et collaboration entre le HO et HOe. Une livraison de vapeur Egger-Bahn franchie le PN 62 tracté par une 140C Jouef.

Quelle impertinence et quel aplomb ! le petit train Egger-Bahn grille sans complexe la priorité à son grand frère Fleischmann. Cette scène est composée autour du croisement oblique HO/HOe de la marque Mehanotehnika et présente la magnifique gare Bavaroise de Bergheim produite par Faller à partir de 1952. Le poste d’aiguillage est extrait de l’importante gamme de Vollmer.

Des débuts modestes en 1963 avec le locotracteur Gmeinder

Tout commence au printemps 1963 à la foire de Nuremberg où les frères Egger présentent ce mignon petit locotracteur qui porte la référence 101. Il est équipé d’un moteur Nanoperm alimenté en 9v de la firme Marx-Luder. La carrosserie verte est très détaillée avec la gravure des lignes de rivets. Le châssis rouge est décoré de pièces en plastique noir représentant les suspensions et les marchepieds. Tous les essieux captent le courant, mais seul un des essieux est moteur, ce qui limite les performances de traction. Le châssis de première génération est dit court (45 mm). Le prix de vente en 1964 en France était de 57F50 ce qui était loin d’être bon marché compte tenu du caractère minuscule de l’engin pour l’échelle HO (une locomotive BB 13000 Jouef était vendu 30F en 1965). Ce prix correspondait à 73,5 de nos Euros actuels.

A gauche, la couverture du tout premier catalogue Egger-Bahn de 1963, un simple feuillet et 4 pages dont 2 en couleur. A droite, la page arrière montrant le locotracteur tirant deux transports de grumes ref 202, second wagon de la gamme originelle. L’environnement est constitué d’une scierie (ici une Faller) qui avec la carrière sera le deuxième lieu de prédilection des trains de chantiers à voie étroite.

L’intérieur en noir et blanc de ce même catalogue Egger-Bahn présentant l’ensemble du matériel roulant produit en 1963. Le choix est restreint avec le locotracteur et deux modèles de wagon.

La rame des origines, le locotracteur ref 101 tractant trois wagonnets à bennes basculantes ref 201 se rend sur la carrière au centre de la forêt Vosgienne.

Le premier coffret réf 501 comprenant le locotracteur et les quatre wagons à bennes basculantes et qui permet de reproduire cette rame. Le couvercle de la boite est en carton et le berceau est en plastique gris.

Gros plan sur le wagon des origines réf 201 qui est très bien choisi avec sa benne grise basculante et amovible. Une version avec chargement de sable sera proposée une seule année, en 1965 sous la référence 2011. Ce chargement figurera plus tard dans la boîte complémentaire réf 6002 à partir de 1966.

La scierie de Verpélière doit avoir un bon contrat de fourniture avec la société Gmeinder à en juger par le nombre de "petites grenouilles vertes" qui peuplent son dépôt.


Le wagonnet à fourche mobile réf 202 des origines au fond sera ensuite décliné en 1965 en transport de troncs d’arbres réf 2022 et en transport de rail réf 2021.

Le petit train de chantier Egger-Bahn est tout de suite bien accueilli chez les fabricants d’accessoires, notamment Faller pour qui il complète à merveille sa scierie romantique. A gauche, la couverture du Faller Magazine d’avril 1964 et à droite la scierie et son petit train en situation sur le Réseau du modéliste Allemand Bernd Schmid dans l’ouvrage Märklinbahn + landdschaft.


Pour ma scierie de Verpélière, j’ai repris le principe de l’Allemand Bernd Schmid d’un petit réseau autonome bouclé à l’intérieur du bâtiment et occupant un angle de mon réseau collection. L’objectif était bien de mettre en valeur le matériel moteur Egger-Bahn. Mon petit réseau est confectionné en voie HOe PECO. Cette très belle voie comporte des aiguillages à angles plus réduits et un aiguillage symétrique utilisé ici pour le raccordement venant de la forêt. Une motorisation sous la voie est possible, je ne l’ai pas utilisée, mes aiguilles sont manuelles. La voie flexible PECO est plus difficile à mettre en œuvre, mais elle permet toutes les variations. Comme accessoire, PECO fournit les fameuses petites plaques tournantes comme celles qui existaient sur le chantier de mon père. Mais attention, les rails ne sont pas électrifiés, ce qui oblige à ne les utiliser que sur les voies de garage purement décoratives, comme ici.

Le catalogue Faller 1966 met en scène la 020 à vapeur sur une photo d’un diorama qui m’a beaucoup inspiré pour Verpélière.


Le catalogue Faller 1964 indiquant explicitement que le train de chantier Egger-Bahn est le complément idéal de la scierie.

Le succès s’affirme en 1964 avec une charmante vapeur


Le modèle tant attendu des amateurs, la première vapeur en écartement HOe ref 102 arrive en 1964. Il s’agit de la reproduction d’une locomotive de chantier du constructeur Allemand Orenstein & Koppel. Ce devait être à l’échelle 1 un véritable jouet pour ceux qui devaient la faire fonctionner dans les carrières des années 50.


Cette locomotive possède maintenant deux essieux moteur avec une cascade d’engrenages rouges entre les roues sur un coté du châssis. La première version est très détaillée : rambardes métalliques rapportées, tablier strié, bielles motrices et bielles d’accouplement en métal, tige de piston coulissant dans des glissières en métal. L’embiellage complet avec bielle d’accouplement ne sera fabriqué qu’une année en 1964 , après, la bielle d’accouplement entre les essieux sera supprimée. Le châssis mesure maintenant 49mm, il sera le standard pour les modèles suivants. La locomotive porte le N°2 en chiffre doré, son numéro d’ordre dans les productions Egger-Bahn et qui laisse augurer une longue descendance. Ce numéro permettra à l’amateur de gérer les machines de son dépôt.

Présenté dans le journal Rail Miniature Flash n°26 d’avril 1964 qui traite des nouveautés de la foire de Nuremberg la locomotive vapeur réf 102 photographiée entre les entre les becs d’un pied à coulisse pour bien mettre en évidence sa petite taille et les deux nouveaux wagonnets qui complète la gamme cette année là.

Publicité de l’importateur Arbois dans le RMF N° 31 d’octobre 1964 montrant principalement les nouveautés de cette année là. La vapeur est dessinée en taille réelle pour que le lecteur puisse se faire une idée de l’encombrement réduit de ces minuscules miniatures.


Le wagon « truck » référence 204 sorti en 1964 au fond à gauche dans une boite cristal transparente entouré de sa descendance apparue en 1965, à droite sur la voie. De droite à gauche la référence 2042 avec un chargement de caisse et sac et la référence 2041 chargé de rondins de bois. Le chargement de briques de marque Vollmer était lui livré avec des accessoires permettant de reproduire une briquerie, animée bien entendu par un train de chantier Egger-Bahn. Les deux wagons à gauche sur la voie sont équipés de chargement « maison » de rondins ou de marchandises, pour montrer que l’amateur peut tout imaginer avec ces charmants petits wagonnets. Au fond à gauche le truck sans chargement dans sa boite cristal et à droite, une variante simplifiée apparue en 1966 et qui ne possède plus les renforts rapportés en plastique noir, et qui de fait, perd de son attrait.

Deuxième nouveauté 1964, le wagon caisse réf 203 présenté à l’extrême droite, une version chargée de charbon réf 2031 est sortie elle en 1965. A gauche, le wagon plate-forme réf 205 et plate-forme chargé de pots de lait sont sortis en 1965. Les wagons chargés disparaissent du catalogue 1966/67 pour être remplacés par un assortiment de chargement référence 6002 présenté en boite cristal en arrière plan.

Le dépliant Egger-Bahn publié en 1965 avec en vedette la petite 020 à vapeur en page de couverture et l’argument choc du HOe «plus de possibilités sur moins de place». En page arrière du même dépliant, la photo d’un train de marchandises et la mise en valeur des boites cristal.

En 1964, un coffret réf 502 avec la locomotive vapeur et 4 wagonnets à bennes basculantes s’ajoute au premier coffret réf 501 dont il reprend l’illustration. Les premiers transformateurs Egger-Bahn sont rouges, ils deviendront ensuite bleu clair, puis bleus roi, avant la génération de 1966 qui sera grise.

La petite vapeur d’Egger-Bahn fait la couverture ou la page arrière des deux magazines Allemands, Miniaturbahnen de juillet 1964 à gauche et Faller Magazine d’avril 1964 à droite. Elle est toujours dans un décor très naturel. Rappelons-nous que le mot « FeldBahnen » caractérisant les trains Egger-Bahn dans les catalogues Allemands signifie, chemin de fer de campagne.

La petite vapeur revient de la forêt Vosgienne en tête d’un convoi de grumes pour alimenter la scierie.

Elle a maintenant déposé sa rame à la scierie de Verpélière. Les grumes sont déchargées, triées et tronçonnées. Alors que les bûcherons s’affairent, la locomotive pénètre dans le bâtiment par une voie latérale qui boucle le petit réseau circulaire de manière discrète. Derrière la scierie, « la ligne bleue des Vosges » ; toute l’ambiance de ma jeunesse et des ballades dominicales à proximité du village d’Abreschviller, haut lieu du plus grand chemin de fer forestier de France.

En 1964 sont commercialisés également des aiguillages électromagnétiques avec moteurs déportés cachés dans une petite cabane comme illustré dans le Miniaturbahnen des nouveautés de la foire de Nuremberg. A droite, la couverture de Loco Revue présente une photo du diorama composé par la firme Preiser pour la foire de Nuremberg 1965 avec des séries de personnages qui rendent vivant le chemin de fer Egger-Bahn.

Les séries de personnages Preiser dans le catalogue 1967 de la marque, dont une série réf 38 spécifique pour Egger-Bahn avec le conducteur de locotracteur qui croise les bras et des ouvriers qui poussent des wagonnets. J’ai largement utilisé les séries 36 et 37 de Preiser que vous avez pu apercevoir travaillant à la scierie de Verpélière sur mon réseau collection.

Le boum des nouveautés de l’année 1965

Comme le montre le dépliant, c’est une avalanche de nouveautés qui déferlent en 1965, à commencer par 5 nouvelles locomotives.

Accompagnées de 5 wagons voyageurs et 19 nouveaux wagons de marchandises (certains cependant ne sont que des variantes).

Cinq nouvelles locomotives, rien de moins ! En recommençant par la numéro 1 revue et corrigée.

Le catalogue 65/66 en français montrant les nouvelles locomotives illustre la Ref 101 verte déjà existante et une variante couleur argent réf 1011 qui n’a semble-t-il jamais existé sous cette forme, avec un châssis court. A noter que maintenant une porte ferme la cabine, ce qui n’était pas le cas des premiers modèles de locotracteurs Gmeinder et qu’un numéro 1 est arboré en lettre dorée sur cette porte. A noter également que la locomotive électrique Siemens N° 3 est montée sur un châssis court, ce qui ne sera le cas que pour le (ou les ) prototype (s), mais pas pour les modèles de série. En fait à par la vapeur réf 102, cette page du catalogue ne représente que des modèles hors production. En filigrane bleuté, on distingue des silhouettes de signaux Fleischmann que Egger- Bahn utilise pour orner son catalogue alors qu’il n'y aura jamais de signaux spécifiques créés pour le HOe.

Voici le modèle réf 101 réellement commercialisé avec un châssis long dans sa boite d’origine ornée d’une magnifique gravure représentant un port de pêche. Il était aussi livrable en vert avec un châssis long avec l’ancienne référence 101.

Trafic intense à la scierie de Verpélière, le locotracteur Gmeinder couleur argent entre dans le bâtiment en tractant le wagon transportant les ouvriers réf 2071. Le patron de la scierie possède une des rares 2cv Citroën à deux moteurs et quatre roues motrices reconnaissable à sa roue de secours montée sur le capot pour libérer la place au moteur à l’arrière (Modèle Atlas). C’est que ce modèle est indispensable en hiver car les chemins de terre Vosgiens sont très boueux. Notez la présence d’un E majuscule en lettre d’or à l’arrière de la vapeur N°2, une signature d’Egger-Bahn sur ses premières productions.

En comparaison, la même page du catalogue allemand représente les références 101 et 1011 sur des gravures séparées. La porte des cabines est ouverte. La réf 101 est conforme à la version commercialisée, par contre la N°1011 ne l’a jamais été sous cette forme à ma connaissance.

Comparaison des locotracteurs Gmeinder à châssis court et long dans les deux couleurs. Les nouvelles caisses sont de dimensions différentes, l'ensemble à du nécessiter une regravure presque totale des moules ce qui fait que la nouvelle version est presque un nouveau modèle.

Vue de dessous, la grosse différence entre le châssis court à gauche et le châssis long à droite est le passage de 2 à 4 roues motrices avec un train d’engrenages rouges sur un coté pour ce dernier. Les capacités de force de traction seront notablement améliorées.

La N° 3 seule locomotive électrique produite par Egger-Bahn

Une N° 3 toute neuve sort des usines Siemens pour être livrée au canal de la Marne au Rhin traversant les Vosges où elle va assurer son service entre Niderviller et Lutzelbourg en tractant les péniches sous le tunnel canal jouxtant la ligne Paris Strasbourg. Le wagon surbaissé est une fabrication VB by FR. Notez la 2cv Citroën première version patientant devant le passage à niveau. Elle est équipée à l’arrière d’un capot bombé, accessoire vendu dans les années cinquante permettant de gagner un peu de volume sur la capacité de la malle arrière.


La locomotive référence 103 et qui porte en lettre dorée le N° 3 est une reproduction d’un modèle réel de Siemens. Elle est équipée d’un pantographe fonctionnel qui peut se replier malgré sa toute petite taille. La carrosserie est montée sur un châssis long rouge en 1965 garni des reproductions des suspensions en plastique noir rapporté. A noter les éclairs rouges peints sur la carrosserie signalant le danger électrique, chose assez inhabituelle en voie étroite. Egger-Bahn n’a jamais produit de caténaire pour sa locomotive électrique.

La N° 4 dite « Loco-diesel de chantier »

Poursuivons notre exploration du catalogue Egger-Bahn 1965/66 pour y découvrir la deuxième page consacrée au matériel moteur. Toujours beaucoup d’écarts entre la réalité de la production et les gravures représentant les modèles. La N°4 réf 104 est représentée sur un châssis court avec un marchepied mal positionné, la N°5 réf 105 est présentée dans une robe noire alors qu’elle sera commercialisée en couleur bleue.

Gros plan sur la N° 4 réf 104 nommée « Loco-diesel de chantier » dans le catalogue Egger-Bahn. Elle est équipée d’un projecteur sur le toit et d’un pot d’échappement rapporté. La version de 1965 possède un châssis rouge long avec suspension noire rapportée. Des réservoirs d’air comprimé garnissent un coté de la carrosserie.

La N°5 manœuvre sur les voies de la scierie de Verpélière et montre sa plate-forme équipée de bancs pour les ouvriers de la voie comme indiqué dans le catalogue Egger-Bahn de l’époque.

La N° 5 deuxième locomotive à vapeur de la gamme

La « locomotive vapeur pour ligne secondaire » réf 105 est inspirée d’un modèle Autrichien dénommé Stainz très proche de la première locomotive vapeur produite par LGB à l’échelle du 1/32. Elle est équipée d’une cheminée munie d’un pare-escarbille (pour éviter les incendies de forêt en été) et d’une cloche d’annonce sur le toit. Sa carrosserie est d’un très beau bleu roi. La photographie ci-dessus illustre la toute première version commercialisée fin 1965 équipée d’un embiellage de coulisse de pistons métalliques (ultérieurement ils seront en plastique).

La locomotive vapeur N°5 rentre au dépôt tandis que la N°2 est garée froide en attendant son service.

La fameuse locomotive du tortillard « Ardent Elias »

La « locomotive à vapeur du tortillard Ardent Elias » ne porte pas de N° 6 selon la logique des productions Egger-Bahn. C’est sans doute parce qu’il s’agit d’une reproduction exacte de la locomotive de type Henschel pour tramway à vapeur construite en 1887 pour le chemin de fer du Haut Heinau (Oberheinischen Eisenbahn Gessellschaft) OEG, compagnie qui exploitait des lignes entre Mannhein, Weinheim et Heidelberg. Ainsi la locomotive porte comme son modèle le N°102. La présentation du catalogue Egger-Bahn 1965/66 en langue Allemande diffère sensiblement de la version française, sans doute parce qu’il est antérieur. Ainsi dans cette édition la rame de l’Ardent Elias a des wagons bruns alors qu’ils seront commercialisés en vert et la locomotive n’est pas illustrée à la page du matériel moteur, mais seulement sur cette double page qui raconte plus en détail l’histoire du Tramway à vapeur.

On remarquera le haut niveau de détail de la toiture de la locomotive Réf 106 avec la reproduction rapportée de la cheminée, de la cloche, du sifflet, des réservoirs et canalisation d’air comprimé. A noter aussi l’aménagement intérieur avec une reproduction partielle du corps de chaudière. L’image du catalogue paraissait très mystérieuse au jeune garçon que j’étais, il me semblait que la caisse de l’Ardent Elias recouvrait et cachait une carrosserie de vapeur ordinaire.

Petite composition improvisée pour mettre en scène l’arrivé du Tramway et la descente des passagers à une petite halte. Autour des bâtiments en carton et bois de Faller et Vaupe des décors Preiser avec des personnages Merten. Cette rame aura un grand succès et une longue descendance car elle sera ensuite produite par les firmes Lima et Jouef aprés la disparition de Egger-Bahn.

Couverture du RMF de septembre 1964 à gauche et publicité publiée dans Miniaturebahnen de décembre 1965 à droite. On remarque sur cette dernière que les productions de fin 1965 sont déjà livrées avec des châssis gris sans pièces rapportées. La course à la simplification est déjà entamée. Comme sur de nombreuses pages du catalogue 1965, le père et son fils se penchent de manière bienveillante sur les merveilles d’Egger-Bahn. J’ai d’ailleurs longtemps cru dans ma première jeunesse, que le jeune garçon était la mère de cette merveilleuse famille, malgré sa coupe un peu masculine.

Le parc marchandise s’agrandit

Les pages 6 et 7 du catalogue 1965/66 (en arrière plan sur la photo) présente un large échantillon des wagons et indique 25 nouveautés complétant de façon idéale la collection existante. J’ai tenté de reproduire le début de l’imposant convoi de wagons à marchandises pour ce cliché.

Les nouveautés sont repérées sur le catalogue, on remarque le très beau wagon à ranchers proposé nu (Réf 206), chargé d’une bétonnière d’origine Preiser (ref 2061) ou d’un vieux tacot bien dans l’esprit de ce train romantique (Réf 2062).





Autre différence curieuse par rapport au catalogue Français, sur la version Allemande, c’est paradoxalement une voiture française Citroën qui est chargée sur le wagon à rancher.

Les plats à Ranchers sont ici à la croisée des chemins face à face. Au fond la référence 206 dans sa très belle boite cristal avec fond de décor montagnard. Le chargement de grumes à droite n’est pas d’usine, il est de ma composition pour la scierie de Verpélière. Comme illustré, plusieurs types de véhicules étaient collés sur le plateau de la référence 2062 en fonction des périodes, à droite une charmante Citroën trèfle verte. A l’extrême droite, la bétonnière d’origine Preiser. Les bogies de ces wagons étaient constitués des châssis des wagonnets des débuts à savoir des références 201 ou 202, une bonne manière de limiter les investissements en outillages de moulage.

Autre page du catalogue présentant les wagons de marchandises. Les véritables nouveautés sont la bétaillère réf 208 livrée chargée de deux chevaux Preiser sous la référence 2081 et le wagon plate-forme avec banc réf 207 livré avec personnages (toujours des Preiser) sous la référence 2071. Pour le reste les références 2021 ou 2022 ne sont que des variantes chargées de rails ou de troncs d’arbre du wagon à cadre mobile réf 202 des origines.

A l’arrière de la scierie de Verpélière, une série de wagons chargés de troncs est tractée par le locotracteur N°4, à coté du bâtiment une bétaillère chargée de chevaux attend le départ vers la forêt Vosgienne alors que la vapeur N°2 manœuvre un plat à ridelles portant des grumes. Les petits wagonnets à châssis de bois gris servant à porter les planches ne sont pas des productions Egger-Bahn, mais des modèles de ma fabrication inspirés des wagonnets du chantier de mon père avec lesquels nous nous amusions, mes camarades et moi.

Gros plan sur la bétaillère et la plate-forme avec bancs dans les deux versions.

Autre page du catalogue permettant de découvrir les versions chargées du wagon benne, du wagon truck et surtout le très rare wagon grue à bogies fabriqué à très peu d’exemplaires en 1965.

Derrière la remise qui abrite les locomotives de la scierie, la vapeur N°2 vient chercher la rame avec le wagon grue, un truck chargé et deux wagonnets plate-forme dont un chargé de bidons de lait, rien que des nouveautés 1965 du parc marchandises.

Le train de l’équipe des débardeurs part vers la forêt Vosgienne, tracté par le locotracteur diesel, les bûcherons sont assis sur le wagon plate-forme à bancs, l’outillage et les provisions pour la journée sont placées sur le wagon truck, le wagon grue servira à charger les troncs d’arbre et les chevaux dans la bétaillère auront pour tâche de les ramener en les tirant vers la voie ferrée.

Le train de chantier évolue progressivement vers le chemin de fer pour ligne secondaire comme en témoignent les wagons couverts ref 211 (brun) et 2111 (vert) et le tombereau ref 2101 aux gabarits nettement plus imposants que les précédentes productions Egger-Bahn. L’empattement des châssis nécessite l’articulation des portes essieux pour permettre l’inscription dans les courbes. Noter que sur les premières séries de couverts au fond, les grilles de ventilation sont moulées avec la carrosserie. Sur les séries suivantes, elles seront solidaires du toit gris et serviront à son encastrement.

Les voitures pour voyageurs apparaissent

L’année 1965 est celle du début du trafic voyageur sur les lignes du petit train de campagne avec deux types de voitures. Le wagon du OEG est représenté sur le catalogue Français avec des bogies marchandises dont seuls les prototypes seront équipés. A noter que ce wagon n’est pas représenté sur le catalogue Allemand. L’autre modèle est la voiture à deux essieux livrée en couleur verte ou brune.

Gros plan sur la très jolie voiture à deux essieux réf 20011 dans sa magnifique boite cristal avec un fond de décor de montagne de circonstance. A noter que ce fond de décor n’est ajouté que fin 1965, au début, elles sont totalement transparentes.

La première version de 1965 des voitures voyageurs et fourgons (réf 20011, 20012, 20021, 20022) possédait un nombre incroyable de pièces rapportées qui permettait une variation des couleurs ; rambardes noires, plate-forme, accoudoir et dessus de rambardes beiges, encadrement de fenêtres jaunes, aérateurs noirs montés sur le toit gris, j’ai dénombré un total de 37 pièces constituant le modèle 20011. Il est équipé d’un système de portes essieux pivotant permettant à ces voitures relativement longues pour les rayons de courbure des voies Egger-Bahn de s’inscrire malgré tout dans les courbes.

La voiture à bogies réf 2003 permettant de constituer avec la locomotive du tramway à vapeur réf 106 la fameuse rame du tortillard « Ardent Elias ». A noter le sigle de la compagnie OEG en lettres d’or entrelacées à la manière de l’emblème de la CIWL sur les trains de luxe. Cette voiture est montée sur des bogies N d’origine Lima comme le montre la voiture restaurant de cette marque à droite, contrairement au catalogue 1965 qui l’illustre équipé des bogies marchandise Egger-Bahn. Le fond de décor de la boîte en cristal est spécifique et représente sans doute la région du OEG aux environs de Heidelberg.

Publicité dans le Miniaturebahnen de mars 1965 à gauche et couverture du Loco Revue de janvier 1966 à droite avec comme point commun des photos d’usine mettant en valeur les voitures à 2 essieux. Egger-Bahn utilisait beaucoup pour ses décors les produits Naturéal distribués par la Firme Preiser, et notamment les très beaux sapins qui ajoutent au réalisme de la scène d’un très haut niveau pour l’époque.

Un choix très large en coffrets de départ

Encore une particularité du catalogue Allemand, seul trois trains sont représentés à la page des coffrets de départ et leur illustration est spécifique dans un décor de campagne. Il manque la rame « Ardent Elias » . Le locotracteur diesel de chantier réf 101 est représenté sans porte, tel qu’il a été réellement commercialisé. La loco-diesel de chantier est par contre montée sur un châssis court, forme sous laquelle elle ne sera pas diffusée.

Alors que dans le catalogue Français de 1965, les quatre trains vedettes sont présents sur deux pages cette fois. Le locotracteur réf 101 possède cette fois des portes de cabineavec le N°1 en lettre dorée, version qui ne sera jamais diffusée ainsi montée sur un châssis court. Elle le sera par contre sur un châssis long. Le décor entre les trains est cette fois beaucoup plus urbain.

Reconstitution sur mon réseau collection de l’ensemble train de chantier du coffret réf 5001 commercialisé uniquement en 1965.

Le magnifique coffret bleu à structure interne en polistyrène et avec fenêtre transparente fait son apparition en 1965 et figure en arrière plan des illustrations du catalogue Français. Ici est illustrée la référence 5000 du train industriel. Sur le coin à droite est présente la fameuse image du père et de son fils en pleine entente cordiale autour du petit train Egger-Bahn. Il a bien de la chance, ce fils là, pensais-je lorsque j'avais 10 ans. J'avais essayé plusieurs fois de convaincre mon père de m'acheter un coffret Egger-Bahn, et il a préféré le Jouef Décauville. Il me restrait l'illustration du catalogue pour rêver.

L'intérieur de la boite comporte l'illustration des locomotives, wagons et accessoires de la marque, dont la remise et la mystérieuse plaque tournante. L'ensemble ref 5000 est le seul à posséder une alimentation électrique incluse dans le coffret. Il s'agit du boitier ref 401b pour 2 piles 4,5v (= 9v la tension de fonctionnement des trains Egger-Bahn) Les premiers coffrets 5000 du début 1965 sont encore livrés avec le locotracteur 501 à châssis court.

La deuxième page illustrant les coffrets dans la version française du catalogue Egger-Bahn 1965/66 que mon père m'avait rapporté du magasin Wery, rue des Arcades à Strasbourg, alors que j'avais 6 ans.

Le best-seller des coffrets d’Egger-Bahn est sans conteste le train de voyageurs pour ligne secondaire réf 5002. C’est celui qui avait ma préférence lorsque je feuilletais ce catalogue. Je peux maintenant le faire circuler sur mon réseau 47 ans après. Noter sur les wagons voyageurs, l’accoudoir de la passerelle d’extrémité qui est relevée sur un coté pour permettre la descente des passagers, et abaissé de l’autre coté.

La rame a retrouvé le coffret dont j'ai toujours rêvé et que j'ai pu enfin m'offrir après 46 ans de patience. Malgré toutes ces années de sommeil, la locomotive a réagi à la première sollicitation du transformateur (attention de ne pas dépasser 9v maximum) Cela en dit long sur la qualité des premiers moteurs de marque Marx-Nanoperm. Quel régal, cette faculté que nous avons les collectioneurs, de pouvoir remonter le temps et revivre ainsi certaines émotions de notre jeunesse !

Ce que j'ignorai en consultant les catalogues des années 60, c'est que l'arrière des coffrets était trés didactique. Il incitait les "nouveaux"clients à développer leur réseau Egger-Bahn et donc à poursuivre l'achat de matériel.Les illustration représentaient le magnifique réseau de la foire de Nuremberg 1965. Un moment d'apogée de la marque qui avec cette installation a marqué une véritable révolution dans le petit monde du modélisme ferroviaire. On constate que les trois photos illustrent les trois pôles d'attraction du petit train Egger-Bahn; de droite à gauche, la scierie, la briquerie et la carrière.

Le premier système de voie Egger Bahn

La première version de la voie Egger-Bahn possède un profilé en maillechort. Les traverses sont fines et régulièrement espacées.

Présentation d’une partie de la gamme de voie Egger-Bahn qui est très complète, éléments courbes et droits 1/1 ou 1/3, rail de compensation, rail de coupure, croisement à 90°, heurtoir, élément d’alimentation, aiguillages électriques ou manuels et l’élément dételeur avec la cabane permettant de cacher son moteur.

Deuxième page du catalogue Français en bas présentant le système de voies avec en haut un extrait du catalogue Allemand présentant les aiguillages. On peut remarquer l’évolution des moteurs, cubiques en 1964 et destinés à être cachés par la cabane à outil. En 1965 modification de la conception qui était trop fragile; le moteur est maintenant astucieusement dissimulé sous des caisses en bois. Sur le catalogue, elles sont de couleur claire, façon bois fraîchement scié. Le rail de découplage conservera ce type de motorisation (même pour la version à commande manuelle qui présente comme pour les premières aiguilles un capot de volume identique).

Comparaison de la première génération d’aiguilles à gauche avec son moteur caché dans la cabane et la deuxième à droite, avec le mécanisme camouflé sous des caisses de bois. Notez le bon réalisme de la première version avec notamment le beau levier de commande à contrepoids fonctionnel. Dommage qu’il était trop fragile. Les tous premiers aiguillages livrés sont équipés de câbles de commande gris, les couleurs rouge et noir sont ensuite adoptées pour différencier le neutre, même en cas de démontage des fiches.

En réalité plusieurs couleurs dont un platelage de planches brun foncé de la couleur des traverses seront commercialisées. Sur la photo, à droite, le croisement à 90° réf 308 évoque une petite plaque tournante de chantier. Au fond une boite de 10 rails droits et à gauche une boite d’aiguillage. Les couleurs des câblages des électroaimants des moteurs d’aiguillage d’Egger-Bahn sont spécifiques à cette marque; le blanc, brun, rouge (masse). Les fiches sont identiques à la couleur prés, aux types Märklin bien connues dans le monde du modélisme ferroviaire durant des dizaines d’années.

La présence d’un rail de découplage est une spécificité en HOE que seul Egger-Bahn à mis en œuvre, voulant ainsi prouver que ce petit train offre les mêmes possibilités que son grand frère HO. Le moteur de la version à commande électromagnétique réf 307 est recouvert de la cabane à outils réf 3061 pour devenir ainsi invisible. Le mécanicien du locotracteur se concentre pour réussir l’opération de décrochage des deux wagonnets. Il faut dire qu’avec leur poids plume, ce n’est pas une mince affaire de le réussir.

Les accessoires spécifiques complémentaires

La page des coffrets complémentaires de voies version française en haut et allemande en bas. Très logiquement, les commandes d’aiguillage évoluent entre les deux versions. La page française présente l’enrailleur et la cabane, qui, avec la nouvelle version des aiguillages, ne sert plus que pour cacher les moteurs des éléments dételeurs.

Autre accessoire emblématique de l’esprit Egger-Bahn ; la remise, livrable toute montée sous la référence 601 dans sa boite visible sur la photo ou en kit sous la référence 601B.

La remise illustrée sur le dépliant de 1965, visiblement il s’agit d’un prototype réalisé en bois véritable, bien plus réaliste. que la version plastique qui sera commercialisée.

La catalogue 1965 présente la mythique plaque tournante référence 309 qui n’a jamais été commercialisée. Ce devait être une plate-forme télécommandée par un moteur électrique avec ajustement automatique des voies dans les différentes positions, c'est-à-dire un mécanisme complexe à réaliser, ce qui explique sans doute l’abandon de cette référence.

Si dans le catalogue, la plaque tournante est illustrée par un dessin, dans le dépliant de 1965 c’est une photo d’un prototype qui la représente, avec une petite différence, les voies de sortie ne sont pas recouvertes de platelage en bois. L’abri en tôle qui cache le moteur est d’origine Pola.

Illustration dans le magazine Miniaturbahnen de mars 1965 du réseau Egger-Bahn de la foire de Nuremberg de cette année là. On y voit la plaque tournante qui a donc bien du exister au moins à quelques exemplaires.

Bien entendu, le collectionneur que je suis n’a jamais trouvé cette plaque tournante mythique, mais par contre, je m’en suis inspiré pour fabriquer vers 13 ans mon dépôt HOe en papier et balsa. Le pont tournant est un tronçon de pont Jouef, il n’est bien sûr pas fonctionnel, mais il fait encore bonne figure. J’ai dépoussiéré ce petit diorama pour accueillir le temps d’une photographie, toute une ribambelle de locomotives Egger-Bahn. Je m’étais vaguement inspiré pour sa construction d’un petit dépôt à voie métrique qui existait à l’entrée de la ville de Phalsbourg "au lieu-dit Maison rouge" pour le train qui reliait dans les années 50 Lutzelbourg à Phalsbourg et qui était surnommé le « Eselbahn » (train des ânes en patois Lorrain). A noter que les fenêtres de la remise sont récupérées sur la gare de Hauteville (Ex Pola) qui avait vécu (voir photo d’époque au début de cette rubrique).

Jouef entre dans la danse avec le Decauville

Grande surprise, au moment de Noël 1966, Jouef emboîte le pas et se lance dans le HOe sous la forme d’une gamme de chemin de fer surnommé Decauville VE (Voie Etroite). Ce sera la réplique française au maître Allemand du sujet : Egger-Bahn. Ci-dessus la locomotive dénommée Steatite référence V 10 qui sera le premier et dernier modèle de conception Française.

Le Loco Revue « Spécial Noël » 1966 annonce par sa couverture de circonstance que le Decauville sera le cadeau de Noël à la mode. Ce sera effectivement le mien. Sur la droite, la page intérieure de ce même numéro qui présente le modèle réel de la locomotive Decauville de 3,5t à l’écartement de 500mm.

Extrait du catalogue Jouef 1967 qui présente toute la gamme VE avec le fameux slogan « un amour de petit train » qui aura plutôt un effet négatif pour les amateurs, faisant passer le Decauville pour un gadget. Noter la mise en évidence sur le schéma de la capacité du petit train à gravir les pentes. A l’époque de son lancement, un petit présentoir en plastique beige thermoformé permettait aux détaillants de monter un réseau ovale fortement incliné sur un coté pour montrer l’agilité du petit train. Je me rappel très bien de se présentoir à la veille de Noël 1966 dans le magasin de la quincaillerie Keime dans la Grand’ Rue à Sarrebourg et qui vendait ces jouets.

Gros plan sur les wagonnets à bennes basculantes référence M V20 vendus en boite de 2 pièces. Ils ont existé en plusieurs variantes de couleurs pour ce qui concerne le châssis et la benne. Un ingénieux système d’engrenage et de crémaillère permet de pivoter la benne tout en la déplaçant sur le coté pour basculer le chargement de sable ou de gravier.

Les deux facettes de la locomotive réf V10. Elle est équipée du classique moteur Jouef, ce qui a obligé le constructeur à forcer son échelle qui s’approche plus du 1/60 ième que du 1/87 ième. C’est un point qui rendra difficile la cohabitation avec le matériel Egger-Bahn car les volumes ne sont pas les mêmes. Le conducteur est représenté par un personnage extrait de la série des voyageur réf 692 destinée à garnir les quais de gare. Il porte encore une valise rouge assez inattendue chez un conducteur de locomotive de chantier. Il semble perdu dans son immense abri du fait de l’échelle forcée de la carrosserie. Par contre la décoration est très finement exécutée avec une livrée bicolore verte et noire et de magnifiques filets jaunes. La gravure est fine, avec la reproduction des lignes de rivets et l’inscription Decauville sur la porte de boite à fumée.

Le dépôt se remplit le soir lorsque le service des petites vapeurs Decauville est terminé. Les deux chauffeurs ont toujours leurs petites valises rouges à la main !

Le wagonnet porte grumes réf V21 sur son emballage d’origine portant en gros caractères la mention VE et Decauville. Comme c’est la tradition chez Jouef, les troncs sont en bois véritable. Ils sont maintenus par des petits ressorts qui ont une fâcheuse tendance à se faire la malle (collectionneur, lorsque vous les retrouvez, vous avez beaucoup de chance) . L’attelage VE de Jouef est traditionnel, composé d’une minuscule boucle en acier embouti. Les châssis des trucks sont noirs avec la gravure des rivets. Contrairement au dessin sur la boite, ils ne comportent pas d’inscription « Decauville ». Les fourches de couleur rouge apportent une note de gaîté à l’ensemble.

La gamme HOe VE à voie étroite de Jouef dans le catalogue 1968. Le coffret V03 est déjà issu du rachat d’Egger-Bahn, firme qui a été reprise par Jouef après l’arrêt de sa production. On note que la forme du coffret V01 a changé par rapport à la version initiale qui est illustrée plus loin dans cette rubrique. Un schéma explicite le pivotement des fourches du wagon porte grumes.

Une rame Jouef VE Decauville comprenant les wagons bennes basculantes et un grumier en route sur mon réseau collection. Le conducteur n’a pas lâché sa petite valise rouge !

La baladeuse réf MV 40, style bord de mer est un modèle très original. En guise de bogies, elle est montée sur les trucks porte grumes. Il est curieux de constater que sur les catalogues et sur les boites, la baladeuse comprend six banquettes pour passagers, alors que le modèle commercialisé n’en comprendra que cinq. Economie de fabrication décidée en dernière minute ou erreur du graphiste, on ne saura pas.

Dans les années 50/60, les numéros de la Vie du Rail consacrés à la voie métrique sont rares, car elle n’est pas le symbole du progrès et du modernisme. On retrouve cependant quelques sujets, comme le petit train du lac d’Artouste dans les Pyrénées, converti en train touristique à la fin de la construction du barrage, une ligne en voie de 60 destinée à desservir un étang à Méyzieux prés de Lyon, le petit train desservant la plage du cap Ferret dans le bassin d’Arcachon (qui a peut être inspiré Jouef pour ses baladeuses) et un train de parc d’attraction prés de Berck.

La première version du très beau coffret V01 de 1966, comprenant sur le couvercle un dessin de la rame circulant depuis la carrière. En plus de la locomotive et des wagons, il comprenait 4 rails courbes, deux rails droits, un enrailleur et le câble de raccordement.

Comme de coutume, l’intérieur du couvercle sert de mode d’emploi pour le raccordement du réseau ou pour la mise sur rail du matériel roulant. Noter que l’enrailleur peut être utilisé sur la voie droite ou courbe ; un exploit vu le petit rayon de la voie VE. Cet intérieur de boite révèle un secret ; Jouef prévoyait de commercialiser une plaque tournant sous la référence V90. A ma connaissance, cette plaque n’a pas été commercialisée, décidément, le sort de cet accessoire en HOe est maudit.

La voie Jouef VE à droite. Les aiguillages sont tous électriques. Ils ne possèdent pas de câbles de raccordement, mais un système d’accrochage à vis. Le rayon de courbure est de 140 mm. Le profilé est en acier, il était mauvais conducteur et ne favorisait pas le fonctionnement. En guise de heurtoir, une petite pièce en plastique rouge qui se clipse sur la voie. La voie HOe donnera naissance en 1970 à une voie N que l’on voit à gauche sur la photo.

La voie Jouef HOe présentée dans le recueil de plan de réseau Jouef, édition de 1968. On y découvre un curieux rail de jonction Egger-Bahn Jouef sous la référence V61/3. Seul le coté de montage des éclisses empêche la compatibilité.

La carrière, l’autre thème favori de la voie étroite

Ce diorama utilisé à plusieurs reprises pour les photos de cette rubrique était fabriqué artisanalement par la firme allemande Preiser à partir de 1954 sous le N°1018. Les rochers sont constitués d’isorel mou empilé et enduit de plâtre coloré, le bâtiment est en carton peint et les personnages sont en bois taillé et peint à la main très finement. Sur la droite, la carrière illustrée Preiser à sa sortie dans la revue Allemande Miniaturbahnen de mars 1954.

Gros plan sur la carrière sans voie H0e avec ses personnages en bois taillés et peints à la main. On reste songeur quant à la main d’œuvre et au temps nécessaire pour produire une seule de ces magnifiques pièces. Plus tard Preiser deviendra le leader mondial du personnage pour train miniature, mais, ils seront bien entendu moulés en plastique en très grande série.

Lors de la restauration du diorama, j’ai du rehausser quelque peu le bâtiment avec un mur en briques pour installer le petit train Egger-Bahn au sein de cette petite carrière. Rien d’irréversible rassurez- vous, le Diorama produit par la société Paul M. Preiser peut à tout moment reprendre sa forme originelle car il est nécessaire de pouvoir reconstituer l’histoire du train miniature.

La carrière avec l’usine de ballast est un thème quasi incontournable pour les modélistes des années 60. Normal il faut bien produire tout le ballast nécessaire aux voies du réseau. En 1959 c’est Vollmer qui sort son usine de concassage (Kieswerk en allemand) sous la référence 5223. Elle est ici illustrée à gauche sur un très beau diorama illustrant la brochure « 1000 Möglichkeiten mit Vollmer Teilen » soit en français « 1000 possibilités avec les éléments Vollmer » parue en mars 1960 qui est consacrée à ce thème. Egger-Bahn n’est pas encore né, mais on voit cependant un wagonnet desservant l’usine. Sur la droite, un dessin illustrant la même usine sur une brochure de 1960 de Vollmer.

La même usine illustrée cette fois dans le catalogue 1965/66, cette fois, le petit train Egger-Bahn est présent avec ses rails et ses wagonnets à bennes basculantes. Le transbordement du ballast entre voie étroite et voie normale s’effectue grâce à la bande transporteuse réf 4011, nouveauté 1965 de Vollmer. Toujours la cohabitation entre les deux écartements avec la carrière comme point de jonction.